Porto
Je reviens d'un voyage de six jours au Portugal, à Porto, où j'ai mieux fait connaissance avec son fameux nectar...
"Etre sur ce sol aride et hostile
un nouveau créateur de vie, donner ici une réponse à la mort,
transformer chaque flanc en parapet d'espérance,
et chaque goutte de sueur en goutte de douceur...
C'est, sur la carte de la petitesse qui nous est échue,
l'unique évidence incommensurable
avec laquelle nous pouvons étonner le monde."
Miguel Torga
(Portugal - "Le Douro)
Comme l'écrivain, j'ai été impressionnée et enthousiasmée par la région viticole du Douro, plus exactement la vallée du Haut Douro où est produit le porto mais aussi la plupart des vins portugais et qui se situe à une centaine de kilomètres à l'est de la ville de Porto. Cette vallée est classée depuis 2001 au patrimoine mondial de l'UNESCO et ce sont des paysages saisissants et très inspirants.
Depuis Porto, je suis arrivée en train au village de Pinhao situé dans un très joli méandre du Douro et qui est entouré de coteaux en terrasses qui donnent l'un des meilleurs portos du monde.
Une heure après avoir quitté Porto, le paysage change et le Douro apparaît enfin. Le train longe la rivière jusqu'à l'arrivée à Pinhao et c'est une succession de panoramas magnifiques.
J'ai commencé la découverte du porto et de la vallée par une visite guidée en anglais à la Quinta de la Rosa, petit domaine viticole familial très qualitatif qui produit du vin blanc, rouge et rosé et du porto blanc et rouge, ce dernier allant du Ruby au Vintage en passant par Finest Reserve et LBV. La quinta produit et vend également de l'huile d'olive et propose des chambres d'hôtes et deux gîtes à louer.
La visite a débuté par les "lagares", cuves en granit dans lesquelles le raisin est foulé avec les pieds. Puis nous avons vu le chai où le porto vieillit dans des "pipas", fûts de chêne de 520 à 650 litres. Dans la salle de dégustation, nous avons bu le Val de Clara rouge et rosé 2006 qui ne m'ont pas laissé un souvenir extraordinaire, fruités mais manquant d'équilibre, un porto Ruby fruité et agréable et un Tawny 10 ans "Tonel N°12" que j'ai bien aimé.
Après la visite, j'ai rejoint le village de Casal de Loivos, à 7km de Pinhao, où j'avais réservé une chambre d'hôte à la Casa de Casal de Loivos, une magnifique maison de maître du 17ème siècle en haut du village qui domine la vallée et d'où l'on a une des plus belles vues au monde, d'après la BBC !
C'est vrai que le cadre est grandiose et le service assez aristocratique, trop pour moi. La décoration intérieure est classique avec du mobilier ancien et de très beaux éléments. Le tout est de très bon goût, sans surcharge, bref une belle adresse.
Le lendemain matin, j'avais rendez-vous à la Quinta do Infantado avec Joao Roseira pour une visite privée en français ! Joao est le responsable de la quinta et c'est une figure emblématique des vins du Douro. Il a repris le domaine après son grand-père et son oncle. C'est qualitativement une des plus grandes propriétés de la vallée du Haut Douro, bien qu'elle soit petite en taille.
Joao Roseira s'attache à produire des portos secs, assez vineux et "de terroir". Il revendique une vision plus empirique que scientifique du processus d'élaboration et a un credo, la recherche de l'équilibre et de la finesse. Pas trop de sucre, de la fraîcheur et des finales très longues. L'homme est exigeant, voire intransigeant, mais il a un discours très honnête (par exemple, les vignerons de la vallée du Douro revendiquent la production de vins rouges de garde, alors qu'il avoue lui-même que ce n'en sont pas). Après la visite du domaine, nous sommes passés à la dégustation dans une superbe salle avec vue sur les coteaux et les vignes environnants.
Nous avons commencé par un vin rouge, le deuxième vin de la quinta, Vinho de Infante 2006. Tannique, pas mal, encore jeune mais avec du potentiel. Puis nous avons dégusté le vin du domaine, Quinta do Infantado 2005, foulé entièrement en lagares et vieilli en barriques de 2ème et 3ème vin. Il a été mis en bouteille en août 2007. Les notes végétales sont très présentes, il manque un peu de rondeur mais il accompagne très bien un repas, dixit Joao quand je lui avoué que je trouvais le vin un peu jeune. Arrive la dégustation des portos et la découverte du porto blanc sec : nez assez oxydatif d'alcool à brûler mais en bouche c'est délicieux : très sec, vineux, très riche aromatiquement, je n'en n'ai jamais bu de tel. C'est une réussite, j'aime beaucoup. Nous continuons avec le porto Ruby Reserva Especial, très équilibré, pas trop sucré contrairement aux Ruby traditionnels, vineux, aux arômes de fruits rouges confiturés. J'ai beaucoup apprécié. Nous avons ensuite abordé un LBV 2001, mis en bouteille en mars 2006. Plus sec que le Ruby, très long en bouche, j'ai tellement aimé que j'en ai acheté une bouteille. Vint ensuite un Vintage 2003, que j'ai trouvé plus sucré que le précédent et que j'ai moins aimé, bien que ce soit néanmoins un grand porto. En bouquet final, un Tawny 20 ans qui sera mis en bouteille en juin/juillet et que j'ai adoré : arômes caractéristiques de noix, café, orange confite, très long en bouche, une explosion de saveurs ! J'ai acheté une bouteille de la mise précédente, j'attendrai la bonne occasion pour le boire mais ce sera grandiose.
Joao m'a raccompagnée en voiture à la gare de Pinhao et je l'ai laissé avec le sentiment d'avoir passé un moment avec une belle âme, quelqu'un de très généreux et d'authentique. Je le remercie encore de m'avoir consacré la matinée.
Retour à Porto et la découverte d'un autre aspect de l'oenotourisme : face à Porto, sur l'autre rive, visite de Vila Nova de Gaia et de ses chais où le public peut goûter aux portos d'une vingtaine de maisons telles que Calém, Ferreira, Croft, Osborne, Ramos Pinto, Taylor's, Quinta do Noval, etc...
Nous sommes loin des petites propriétés de la vallée du Douro ! Les visites se font à certaines heures, dans un cadre très formaté et commercial, durent environ 30 mn avec une dégustation de 2 ou 3 portos. Le discours est bien rodé. J'ai voulu visiter la maison Ramos Pinto, mais à 16h00 la dernière visite venait de s'achever et en raison du week-end pascal, les visites s'arrêtaient du jeudi soir au lundi soir, donc impossible de revenir. Je suis quand même arrivée à temps pour une visite guidée en anglais de la maison Taylor's qui remet à chaque personne une petite brochure bien faite avec l'historique de la marque, l'histoire du porto, la découverte de la vallée du Douro, la vinification et les différents styles de portos, avec de belles photos et des schémas clairs.
J'ai dégusté leur porto blanc Fine White, plus sucré et moins vineux que celui de la Quinta do Infantado et dans un style beaucoup plus commercial, et un porto rouge LBV aux arômes de prune et de cerise confiturée, pas trop sucré, pas mal. En payant cette fois, j'ai goûté à un Tawny 40 ans élégant, bien équilibré et long en bouche que j'ai bien aimé.
J'aurais voulu également visiter la maison Niepoort mais elle n'ouvre pas ses portes aux groupes et sans l'avoir requis expressément par mail auparavant en motivant ma demande, ce n'était pas possible. Dommage, ce sera pour une autre fois.
Voilà pour la découverte des portos, j'ai également eu l'occasion de déguster au Palacio da Bolsa, dans leur espace dégustation, les vins portugais suivants :
Vins blancs
Casa de Paços 2005
Région : Minho, DOC Vinho Verde
Cépages : Loureiro et Arinto
Agréable, bien équilibré, arômatique.
Caves Velhas 2007
Région : Estremadura, DOC Bucelas
Cépages : 90 % Arinto, 10 % Rabo-de-Ovelha
Manque d'acidité, plat, court en bouche.
Vins rouges
Castelo Rodrigo 2004
Région : Beiras, DOC Beira Interior
Cépage : Alfrocheiro
Tannique, manque de rondeur.
Quinta de Corteiza 2005
Vinho Regional (vin de pays)
Cépage : Touriga Nacional
Tannique mais rond, alcool très présent (14.5% vol.), finale asséchante.
J'ai beaucoup aimé mon séjour à Porto et dans la vallée du Douro. On ne sait pas que le vin constitue la principale richesse du Portugal et que le pays est le sixième producteur mondial de vin. Un pays et des vins à découvrir !






Beau voyage et belles dégustations, n'est-ce pas?
Ne buvez pas trop avant de faire la marche "Auxerre-Vézelay" au milieu des milliers de randonneurs qui se rendent sur ce sentier devenu mythique au fil des ans... Seulement, après, pour récupérer.
A bientôt donc, pour nous raconter vos impressions sur les vins d'Auxerre et de sa région!
Rédigé par: genka | le 11 avril 2008 à 10:24