J'ai profité de congés en septembre pour me balader dans le Languedoc-Roussillon et découvrir un petit bout de la première région viticole au monde, celle dont les vins souffr(ai)ent d'un déficit d'image et qui a été très touchée par la crise de la surproduction.
Aidée du très bon guide Hachette "Routes du vin en Languedoc-Roussillon" et du compte-rendu "Les vacances d'Eric, sur les chemins de La Passion du Vin" publié sur le site LPV, j'ai découvert des paysages et des vignerons magnifiques et très attachants.
Ma première étape a été le Gard, entre Arles et Nîmes, à Bellegarde où je me suis arrêtée chez Terre des Chardons, qui fait partie du Domaine Sainte-Marie des Costières, domaine familial géré par Jérôme Chardon en biodynamie depuis 2002. J'ai été reçue par Julie Balagny, jeune femme passionnée et très sympathique, ex-parisienne d'une trentaine d'années venue s'installer dans la région.
La dégustation a débuté curieusement par les vins rouges, volontairement bien sûr. Quatre cuvées ont été produites en 2007 exceptionnellement, alors que les millésimes précédents n'en ont vu que deux.
"Chardon masqué", en AOC Costières de Nîmes rouge, est un assemblage de grenache à 95 % et syrah à 5 %. Le nez est fumé, l'attaque ronde, c'est poivré et très bon. C'est très jeune aussi puisque la mise en bouteilles (4000 cols) a été faite fin avril. Tout est vendu, à une clientèle de cavistes, restauration et à l'export.
Le tour de "Bien luné" arrive : même appellation que le précédent, mais 50 % grenache et 50 % syrah. Le nez est un peu fermé, il est court en bouche et après 5 jours d'ouverture, la finale est légèrement oxydative. Julie me précise qu'il faut le laisser s'aérer...
Je reste toujours dans la même appellation avec la cuvée "Marginal", 80 % syrah et 20 % grenache. Au nez, c'est torréfié, en bouche c'est floral, ça rappelle la pivoine. Enfin, je la sens, cette pivoine si difficile à déceler pour moi, là c'est évident ! J'aime bien.
Ma cuvée préférée, "Discret" est composée de syrah à 95 % et 5 % grenache. C'est un vin très élégant, très fin, complexe, vraiment très bien. Peu de bouteilles ont été produites, seulement 3000.
Pour en terminer avec les rouges, je découvre "Marginale" mais sur le millésime 2006, plus ouvert que 2007. C'est confituré, épicé, mentholé sur la finale et c'est bon.
Nous passons maintenant aux blancs et je découvre la plus vieille et malgré tout confidentielle appellation du Languedoc (reconnue en 1949), la Clairette de Bellegarde, produite sur un micro terroir. Son nom vient peut-être du fait que dès 1490, on parle de "raisins friands et clairets" pour qualifier ceux de la région. L'essentiel des volumes est produit par la cave coopérative, ils ne sont que 6 vignerons indépendants à proposer l'appellation.
La cuvée "Clairette" 2006, vin blanc sec 100 % clairette, est produite à partir de vieilles vignes dont le rendement n'excède pas les 15hl/ha, 9000 bouteilles ont été produites. Il y a de la rondeur, du gras, du moelleux, de l'élégance, de la minéralité, c'est très bon. En comparaison, le millésime 2007 que je déguste ensuite est moins réussi, le nez est levuré et en bouche c'est légèrement perlant.
"Clairette" 2005 est une petite merveille : très gras, oxydatif alors que c'est un élevage sur lies, très minéral. Ca rappelle un vin du Jura, c'est très bon.
Pour conclure, "Eloge d'automne", vin blanc doux, millésime 2004, 100 % clairette botrytisée, est une merveille de douceur, d'équilibre et d'arômes. C'est délicieux et ce n'est vendu qu'à la propriété.
Je quitte le domaine au bout de deux heures, ravie de cet échange avec Julie qui sait très bien communiquer son enthousiasme. Je n'aurai qu'une seule petite critique, elle utilise parfois un vocabulaire un peu trop technique qui peut rebuter, mais les vins découverts sont vraiment magnifiques.
Le lendemain, je visite Lunel, mignonne petite ville et centre d'érudition au Moyen-Age avec sa Grande Ecole Juive qui accueillait les chercheurs en médecine, en astronomie et en traduction de textes anciens. La bibliothèque vaut la visite et compte 5000 volumes du fonds Médard (manuscrits anciens et livres rares).
Ayant repéré le Château Grès Saint-Paul parmi les propriétés viticoles en vue, je décide de m'y arrêter.
Le domaine est superbe, et malgré le manque de disponibilité du fait des vendanges, j'ai reçu un très bon accueil de l'homme jeune et sympathique qui s'occupe du caveau. J'ai ainsi pu voir les vignes, le chai de vinification et nous avons terminé par une dégustation non pas des 17 vins proposés mais de ceux qui m'intéressaient, c'est-à-dire les plus représentatifs du domaine et non pas ceux vendus sous le nom "Grange Philippe" et qui ne sont qu'en fermage.
La politique commerciale du domaine est claire : il n'y pas pas de démarchage par des commerciaux mais quelques VRP multicartes, la vente au caveau marche très bien (15 à 20 % du CA France), la clientèle est aussi composée de cavistes et restaurateurs. Les vins sont également vendus à l'export.
Le domaine de 24 ha est complanté en rouge (18 ha, AOC Coteaux du Languedoc) et en blanc (6 ha en AOC Muscat de Lunel).
Nous avons commencé en blanc sec par la cuvée Libertine, millésime 2007, vin de pays d'Oc, 100 % muscat petits grains. Je m'attendais à une explosion d'arômes, j'ai été un peu déçue. J'ai trouvé le nez fermé, la finale courte et le tout un peu plat. Dommage...
Par contre, j'ai beaucoup aimé leur cuvée de référence, Antonin 2005, AOC Coteaux du Languedoc, Grès de Montpellier, un assemblage de 80 % syrah, 10 % grenache et 10 % mourvèdre. Faible rendement de 30 hl/ha, élevage pour moitié en cuve et en barriques de 1 à 3 vins. Nez très agréable de fruits noirs, notes fumées avec une belle finale et très bel équilibre.
Le vin de table Côté Sud 2006 m'a moins séduite : 100 % merlot, vieilles vignes, récolté en surmaturité et élevé entièrement en barriques pendant 12 mois, je l'ai trouvé trop boisé et astringent.
J'ai terminé par un muscat doux Sévillane 2006, leur cuvée de référence en AOC Muscat de Lunel. Petite production de 30 hl, c'est un vin superbe, avec un équilibre idéal entre acidité et moelleux. On retrouve l'abricot, le coing, miam miam !