J'étais au Carrousel du Louvre pour la troisième édition du Grand Tasting et participer à deux Master Classes "de prestige", Les 5 producteurs au sommet et Verticale de Château Yquem, et une Master Class Spécial Cuvée du champagne Bollinger.
Il y avait beaucoup de monde au Carrousel du Louvre peu après l'ouverture vendredi matin, et dans la salle de la Master Class sur les 5 producteurs au sommet. Les crus présentés étaient un Saint Julien Château Ducru Beaucaillou, un Nuits-st-Georges Domaine Frédéric Mugnier, un Côteaux du Languedoc du Domaine Peyre-Rose, un Chateauneuf-du-Pape Château Rayas et un Vouvray demi-sec Domaine Huet.
La dégustation a débuté par un Saint-Julien Château Ducru Beaucaillou 2004, présenté par Bruno Borie, le propriétaire. 2004 dans le bordelais a été un millésime de vignerons et pour Ducru Beaucaillou, c'est un Saint-Julien très classique. Vineux, aux tanins pas encore bien intégrés à mon goût, c'est un vin avec beaucoup de finesse mais qui manque de rondeur. J'ai de toute façon un peu de mal avec cette appellation, je trouve les vins assez durs et fermés, j'en ai sans doute bus de trop jeunes.
Nous allons en Bourgogne pour le second domaine au sommet et c'est celui de Jacques Frédéric Mugnier avec un Nuits-st-Georges 1er cru Clos de la Maréchale 2005. Propriétaire depuis 1985, Frédéric Mugnier présente le domaine familial depuis 5 générations. Le domaine compte 4 ha dans l'appellation Chambolle-Musigny et 10 ha en Nuits-st-Georges, monopole qui n'a jamais été divisé et qui est le plus grand de la Bourgogne. La production du 1er cru Clos de la Maréchale est de 50 000 bouteilles par an et c'est une cuvée unique.
J'ai beaucoup aimé ce vin, je n'avais jamais bu de Nuits-st-Georges et c'est une belle découverte. Bien qu'encore jeune, c'est un très bon vin, avec une finale sur le kirsch. Selon Frédéric Mugnier, le grand frisson sera dans 20 ans. Encore faut-il avoir la patience d'attendre 2025 pour le boire !
Nous voyageons beaucoup puisque nous sommes maintenant dans le Languedoc Roussillon et nous découvrons un Côteau du Languedoc Syrah Léone 2002 du Domaine Peyre-Rose. Lors de mon voyage dans le Languedoc en septembre dernier, j'avais bien sûr entendu parler du Domaine Peyre-Rose et de sa propriétaire, Marlène Soria, qui n'était hélas pas présente à la Master class. Cette dernière vendait des programmes immobiliers à la Grande Motte quand en 1983, elle a tout plaqué pour planter des vignes à Saint Pergoire, près de Pézenas, dans une zone de garrigue. Ses vins sont qualitativement au top des vins du Languedoc. Le domaine produit deux cuvées de vin rouge, Clos des schistes et Syrah Léone.
Syrah Léone 2002 est un vin délicieux, 70 % syrah, complété par grenache et mourvèdre. Il est minéral, épicé, animal, sans aucune lourdeur. Les rendements sont de 20 hl/ha et l'élevage se fait en foudres. En septembre, j'ai acheté chez un caviste de Montpeyroux une bouteille de Syrah Léone, je pense que c'est également le millésime 2002, j'ai hâte de le boire à Noël en famille !
L'avant-dernier producteur au sommet est en vallée du Rhône, c'est Château Rayas et son Chateauneuf-du-Pape Château Rayas 1998. Ca commence mal, la robe présente des reflets très tuilés, mais mon voisin me dit que c'est normal chez Château Rayas... au nez, ce n'est pas mieux. Tiens, un défaut ? Et oui, confirmé en bouche, ma rangée est tombée sur une mauvaise bouteille, c'est madérisé, bref imbuvable. Nous demandons un autre verre, c'est un peu mieux, mais nous sommes loin du "domaine exceptionnel" vanté par François Audouze, ce qui fait bien rire d'ailleurs mon voisin de droite, qui par son "N'importe quoi !", me conforte dans mon idée que les dégustateurs patentés, médiatisés et chevronnés ne détiennent pas la vérité. Nous sommes au moins 2 dans la salle à ne pas tout prendre pour paroles d'évangiles... Bof bof.
La Master Class s'achève avec le Domaine Huet et Le Mont Demi-sec 2002, un vouvray. Présenté par son sympathique propriétaire Noël Pinguet, qui considère que le demi-sec est l'archétype de l'appellation, c'est un très joli vin, minéral, très équilibré, élégant, d'une belle fraîcheur. Le domaine est en biodynamie, il a été le pionnier à l'époque, il y a 25 ans. Les 8 ha de vignes sont en première côte de vouvray, le sol est argilo-siliceux. Les vendanges se déroulent sur un mois. Le 2008 qui va arriver ressemblera comme à un frère au millésime 2002.
Le temps de déjeuner, me revoici à 14h00 dans la même salle, avec beaucoup de personnes de la Master Class des 5 producteurs au sommet, pour la verticale du Château Yquem. La salle est bondée, réputation oblige. Le maître de chai, Sandrine Garbay, est présente et commente la dégustation. Elle semble accessible, elle est jeune, souriante, très agréable. Nous commençons par le millésime 2005 qui illustre la nouvelle orientation du domaine. En 2005, la climatologie était parfaite à Sauternes, la contamination par la pourriture noble a été régulière et sa qualité fabuleuse. Encépagement 80 % sémillon et 20 % sauvignon, 140g de sucre par litre, la robe est assez pâle. Au nez, ça sent le miel, la cire. En bouche, nous sommes sur les fruits confits, l'abricot sec, les agrumes. C'est très frais, élégant et bon, très bon.
Nous découvrons ensuite le millésime 1999, année de rachat par LVMH. Le millésime est peu réputé pour le sauternes. La robe est plus intense, plus soutenue et dorée. Le nez est un peu fermé, en bouche on retrouve l'abricot confit. Il est également très bon, mais a encore besoin de temps pour s'épanouir.
Le millésime 1996 est ensuite proposé, c'est un sauternes très classique pour Yquem, un millésime "académique" et le dernier de l'ancien maître de chai. La robe est d'un or plus soutenu. En bouche, mangue, miel et agrumes. Parmi les journalistes/critiques qui entourent Sandrine Garbay, une personne nous dit que les deux amis absolus d'Yquem, dans l'association mets et vin, sont la mangue poêlée et le pamplemousse rose. C'est toujours bon à savoir...
Arrive le dernier millésime, Château d'Yquem 1989. Il y a eu des conditions très chaudes et sèches tout au lond du cycle végétatif cette année-là, mais en juillet un gros orage de grêle a éliminé 25 % du vignoble. C'est donc un millésime de chaleur et de soleil et une qualité exceptionnelle pour Yquem. La robe est superbe, un or lumineux et profond. En bouche, des notes de bergamote qui n'apparaissaient pas dans le millésime 1996 sont bien présentes. C'est opulent, racé.
Mon millésime préféré de la dégustation est le 2005, ceux du maître de chai actuel, depuis qu'elle est à Yquem, sont 2001, 2005 et 2007. Je suis ravie d'avoir découvert ce sauternes mythique !
J'ai terminé en beauté mon cycle de dégustations de la journée avec du champagne et un nom cher aux anglais et à James Bond, la maison Bollinger. Assez peu connu en France, ce domaine familial et indépendant d'Aÿ, près d' Epernay, élabore des cuvées de puristes et exporte près de 90 % de la production. En présence de Mathieu Kauffmann, chef de cave, et Jérôme Philipon, le président du Directoire, nous découvrons tout d'abord le Brut Spécial Cuvée, un assemblage de bruts sans année (BSA). L'encépagement est 60 % pinot noir, 15 % pinot meunier et 25 % chardonnay. Le doré de la robe vient du pinot noir. Si c'était un blanc de blancs, les tons seraient plus dans les verts. Le nez est sur l'amande, le pain grillé légèrement vanillé, dû à l'élevage en fût de chêne. En bouche, on retrouve l'amande et c'est la première fois que je la sens dans un champagne, c'est très net. C'est un coup de foudre, c'est très droit, pur, magnifique. Cette cuvée est le fleuron de la maison, à juste titre.
Nous passons ensuite au Brut rosé, assemblage de bruts sans année. Bollinger produit du rosé depuis 1966. C'est un champagne assez vineux, aux notes de framboise et fruits rouges, la finale est un peu amère. J'aime assez, sans plus, je ne raffole pas des champagnes rosés de toute façon et celui-ci est trop vineux pour moi.
La cuvée Brut Grande Année 1999 vient clôturer la dégustation. Elaborée en sélectionnant visuellement les raisins au pressoir, puis avec une sélection des meilleurs jus, 70 % pinot noir et 30 % pinot meunier, elle a un caractère assez vineux. J'ai préféré la première cuvée.
L'intérêt de ce genre de salons, c'est que l'on peut y découvrir des vins que l'on n'a pas eu l'occasion de boire jusqu'ici, et que l'on ne reboira peut-être plus, du fait de leur prix, entre autre. Une belle journée de surprises, pour la majorité très bonnes.