J'ai participé hier à une dégustation de rhums de la Guadeloupe, de la marque Karukera, élaborés à la distillerie Espérance par la famille normande Drouin qui est également productrice de calvados. La distillerie possède 70 ha de domaine cannier, d'un seul tenant, ce qui est paraît-il exceptionnel en Guadeloupe. C'est l'une des 9 distilleries encore en activité sur l'île.
Guillaume Drouin nous a présenté la gamme de 6 rhums.
La dégustation a commencé par le rhum agricole blanc "Canne bleue". La canne bleue de la Barbade est une canne à sucre plus aromatique que la canne rouge, la couleur bleutée est donnée par sa cire. La canne passe aux moulins (gros rouleaux), c'est le broyage, le jus est récupéré et fermente pendant 36 heures. La distillation se fait à 80° alors qu'en Guadeloupe, c'est plus fréquemment à 70°. Le rhum est embouteillé à 50°. 90% de ce rhum blanc agricole est consommé en ti'punch.
Le nez est très agréable et aromatique. En bouche, c'est puissant, brûlant mais fin en même temps. On retrouve très bien les arômes de canne à sucre fraîchement coupée. Même si ce rhum n'a pas une longueur et une complexité extraordinaire, il me plaît beaucoup.
Le rhum vieux agricole 42° découvert ensuite est un assemblage de rhums de plus de 4 ans qui ont vieilli en fûts ayant contenu du Bourbon. La robe est couleur or, au nez on sent la liqueur que l'on trouve dans les petits oeufs de Pâques ! C'est également vanillé, il y a des arômes de cassonade et de figue. En bouche, c'est plus fin que le nez ne le laisse penser. Le rhum est agréable, il peut se boire pur ou en punch.
Le Karukera Réserve Spéciale est un assemblage de rhums agricoles ayant passé de 5 à 9 ans en fûts ayant contenu du Bourbon. Au nez, ça sent l'orange confite et la liqueur de Grand Marnier. En bouche, je sens un petit côté "médicinal" qui me gêne un peu. La finale est très desséchante. Bof, bof. Mon voisin de gauche, ex-sommelier chez Hédiard, nous dit que ça lui fait beaucoup penser à la liqueur américaine "Southern Comfort". Comme personne à la table ne la connaît, je me renseigne et découvre que c'est une liqueur du Missouri à base de Bourbon et de pêche.
Nous découvrons maintenant les rhums millésimés dans une gamme de prix allant de 72 à 77 euros TTC, ce qui n'est pas donné.
Karukera 1995 42° : la brochure commerciale vante des arômes de noix de coco, de chocolat et de miel, wait and see... Ce rhum est un assemblage de rhum industriel (70 %) et de rhum agricole (30 %) vieillis en fûts ayant contenu du Bourbon. Le nez est assez similaire à celui du rhum précédent, on retrouve des notes de cassonade, de vanille et d'orange confite. En bouche, la finale est assez désagréable, ça sent beaucoup le bois mouillé.
Karukera 1999 45° : c'est celui qui m'a le plus séduite. Il est assez complexe, brûlant mais rond, vanillé, avec des notes exotiques de noix de coco et de banane sèche, ainsi que des notes résineuses. C'est très fin et long en bouche, c'est un bon rhum que j'aime beaucoup.
Karukera "Brut de fût" 1997 46.3° : la robe est moins lumineuse que précédemment, on trouve des reflets argents. Au nez, des arômes de café et de canne à sucre se révèlent. En bouche, c'est assez complexe : c'est très brûlant, iodé, on trouve de l'amande amère, du caramel au beurre salé. C'est un assemblage de rhum industriel à 70 % et le reste de rhum agricole, mais il n'y a rien de comparable au Karukera 1999.
Encore une belle soirée avec la fine équipe rencontrée au salon Spirit'2007, à chaque fois je découvre des univers qui gravitent autour des spiritueux et du vin et je rencontre des passionnés, des érudits, des curieux !