"Croquez, l'essentiel est de fondre", nous dit Madame CRock, qui en terme d'accords, excusez ma familiarité, en a choisi un des plus casse-gueule... La difficulté ne m'ayant jamais rebutée, voici mon accord majeur.
J'ai roulé ma cabosse de grand cru de l'Amérique du sud à l'Afrique occidentale. J'ai ramené ma fève criollo à Mayotte où l'air est saturé du parfum des fleurs jaunes de l'Ylang-Ylang. Sur le versant ouest de la grande cordillière des Andes, au Venezuela, mon rarissime cacao Porcelana a envoûté nombre de chocolatiers par sa saveur intense et son incomparable longueur en bouche.
Ma ganache a été associée ici à la cardamome de Malabar et là aux épices de Trinidad-et-Tobago, où l'on danse pieds nus le calypso sur les séchoirs de cacao.
On m'a souvent marié au Xérès, au Banyuls, au Maury, au porto Tawny, mais après avoir longtemps cherché, j'ai trouvé mon harmonie avec un vin de Cahors que l'on dit noir comme l'encre.
Ma robe brun acajou, légèrement brillante, s'est frottée langoureusement à sa robe sombre, parée de reflets violets.
Et moi dont la fève a séché à l'air équatorial de la vallée du Sambirano, j'ai goûté au jus de baies mûries sous le chaud vent d'Autan.
Mon acidité douce et fruitée, mes notes de citrus et de fruits rouges se sont mêlées aux arômes de mûre, de tabac et de cacao du malbec.
Croqué et bu puis intimement mêlés dans la même bouchée, nous avons tous deux fondu de plaisir, sans que jamais les arômes de l'un n'aient été écrasés par les tanins de l'autre.