Je vous ai manqué ? Me revoici, après une période très calme au niveau des dégustations/salons/réjouissances vineuses, soudaint tout s'accélère, et mardi dernier mes papilles assoupies ont pris une sacrée claque avec une soirée LPVienne au bord de la Marne.
Le thème de ce tout jeune rendez-vous d'un groupe épicurien en goguette cette fois dans la banlieue sud-est parisienne était le chenin de Loire, et je vous le scande à la manière de... :
la banlieue c'est rose,
la banlieue c'est pas morose
Alors prenons-nous en main
Avec le chenin
"Catherine et les garçons" se sont mis au vert dans le jardin de leurs hôtes pour boire des blancs ligériens, et quels blancs !
En guise d'apéritif pour accompagner des toasts d'anguille fumée, champignons de Paris à la crème (huile de noix et noix râpées), le Coteaux du Loir, Domaine de Bellivière, L'Effraie 2006 a permis un bel accord, la minéralité et le fumé du vin répondant très bien au gras et au fumé de l'anguille, ainsi qu'au grillé des noix.
Des rillons, des rillettes et de l'andouille de Loire ont été servis sur un Vouvray, la cuvée Arpent 2009 de Sébastien Bobinet, sa seule cuvée de Vouvray semble-t-il, que certains ont qualifié de "vin de copains", sans grande complexité et dont j'ai bien aimé les notes anisées et citronnées. Moins "simple" qu'il n'y paraissait... Le Chinon blanc Clos des Roches 1997 de Jérôme Lenoir était également le bienvenu sur l'andouille et les rillettes, avec son gras, son nez floral et ses notes de fruits blancs fondants.
Le Saumur blanc Brézé 2005 du Domaine Guiberteau a accompagné des petits pâtés de Pézenas, j'en ai retenu une belle suavité, du gras et des épices, un beau vin pour un accord sucré-salé qui mêlait mouton, zestes de citron, muscade et canelle. Le vin aurait été également parfait sur une poule au curry ou un tajine d'agneau aux coings.
La nuit tombant et la fraîcheur arrivant, les agapes se sont poursuivies à l'intérieur avec deux Savennières, très différents et superbes, qui ont fait merveille sur le pot au feu de poulet aux légumes printaniers, avec une sauce aérienne et délicieuse qui sublimait les vins (je ne sais pas quels étaient les ingrédients, mais c'est une recette de Philippe Faure-Brac). Parlons des vins : Savennières L'Enclos 2007 d'Eric Morgat, superbe de moelleux, de minéralité, de notes de raisin de Corynthe, assez surprenant, et un Savennières Coulée de Serrant, Sélection de tries du Grand Clos 1996, qui m'a littéralement éblouie et transportée : une classe et une longueur folle, des notes safranées, une minéralité tranchante, magnifique !
Voici venir sur un plateau de fromages de Loire un VABNI (Vin A Boire Non Identifié), le vin de table La Sève Astrale du Paradis des Bonnes Blanches 2005 de Josette Médau et Pierre Weygand ! Vin tout à fait déconcertant, très perlant avant aération, qui sentait le jus de pomme plutôt que le jus de raisin, qui nous a beaucoup surpris, mais qui était très intéressant, et ce n'est pas péjoratif. A ne pas prendre au sens "hum... interesting..." de nos amis anglais quand ils ne veulent pas dire qu'ils n'aiment pas... ;-))
Toujours sur les fromages, le Vouvray Clos du Bourg 2005 du Domaine Huet a fait forte impression. Pas de demi-mesure pour ce demi-sec tout en contrastes : belle fraîcheur et sucrosité sans lourdeur, équilibre et vivacité, une harmonie subtile et délicieuse qui prouve une fois encore les immenses possibilités du chenin.
Vouvray encore mais version moelleux et millésime 1990, du Domaine de la Mabillière, toujours sur les fromages. Autant être honnête, mes souvenirs sont un peu flous, est-ce les vins suivants qui l'ont éclipsé, méritait-il d'être bu en aparté ? En lisant le CR de notre hôte Daniel, il semblerait que ce moelleux regoûté nous mène tout droit vers les horizons laqués, sucrés et épicés de l'Asie... à re-découvrir donc.
Sur une tarte tatin et sa glace à la vanille de Madagascar, les liquoreux sont apparus, et avec eux un monde fondant, enveloppant, sucré qui nous replongeait dans les saveurs de l'enfance. Régressif ? Non, jouissif ! Première étape avec le Bonnezeaux 1996 du Château de Fesles, très séduisant dans un registre abricot sec, orange confite, miel et cire, et cette trame acide qui vient tendre le sucre et le porter vers l'aérien plutôt que le lourd. Bon, les papilles sont prêtes pour la deuxième étape, un Coteaux du Layon SGN 1997 de Philippe Delesvaux. Comme je l'ai carafé tout l'après-midi avant la soirée, j'ai des images :
Ah cette robe ambrée/orangée, chaude, brillante, ce nez puissant et complexe sur l'orange confite, le pain d'épice, et en bouche du miel, du coing, beaucoup de sucres résiduels, de la vanille, un petit côté "too much" très, très enveloppant, caressant, porté par une fraîcheur et une acidité étonnantes ! Un grand liquoreux, dont j'ai bu la deuxième bouteille en famille le lendemain à l'apéritif, et qui nous a vraiment beaucoup plu.
On se serait bien attardé chez les deux D., protégés par les bonnes vibrations des masques et statuettes africains, mais la réalité RERienne nous a rappelé à l'ordre et nous avons regagné nos pénates. Une fois de plus, pas de fausses notes, nous étions à l'unisson, merci à nos hôtes pour leur accueil et vivement le mois prochain !