J'ai profité d'un long week-end de la Pentecôte pour aller dans les Alpes de Haute-Provence et le Vaucluse où j'ai découvert quelques pépites, botaniques et viniques.
"Il faut cultiver notre jardin" a dit Candide, détournant l'injonction dans un but non philosophique mais plutôt contemplatif, nous sommes allés en haute Provence non loin de Forcalquier visiter le musée-jardin de Salagon, conçu par un ethnobotaniste écrivain, Pierre Lieutaghi.
Autour d'un magnifique prieuré, nous avons déambulé d'un jardin médiéval à un jardin de senteurs, en passant par un jardin de simples et un autre des temps modernes.
Dans ce coin de Haute Provence où la vigne et les oliviers se côtoient, je me suis amusée à photographier des plantes dont le nom a un lien avec le vin.
jonc des tonneliers (Scirpus lacustris)
La sauge sclarée est utilisée pour ses feuilles aux qualités aromatiques et médicinales et ses fleurs très odorantes. La plante sert également à aromatiser les vermouths et liqueurs et pour donner un parfum de muscat à certains vins blancs.
Rien à voir avec le vin, mais je ne résiste pas à l'envie de montrer ce splendide eucalyptus.
Rien à voir avec le cidre, mais je ne résiste pas à l'envie de vous montrer ce pélargonium dont les feuilles sentent la petite pomme normande.
Le musée-jardin du Salagon a également pour vocation de présenter à travers des expositions les savoir-faire des habitants de la Haute Provence, du siècle dernier à aujourd'hui, et l'une d'entre elles permettait de réaliser comment travaillait un tonnelier à la fin du 19ème siècle, le dernier du pays d'Aix, Louis Mougin.
L'occasion de voir des outils particuliers au métier : jabloir ou gargaillandou, stockholm, plane à queue, doloire, colombe, picoussin, etc...
Nous quittons ce passionnant musée-jardin et pas de temps à perdre, nous sommes attendus chez une cousine dans le Vaucluse, à Sainte-Cécile-les-Vignes, où j'ai rendez-vous avec un vigneron, Jean-Marc Espinasse, du domaine Rouge-Bleu. Nous arriverons malheureusement trop tard pour la visite, mais je vais quand même avoir l'occasion de goûter à l'une des cuvées.
J'avais entendu parler d'un caviste-pompiste, sur la RN 7, celle chantée par feu le fou chantant, et le dimanche matin, j'ai emprunté cette fameuse nationale pour aller à Donzère. En chemin, j'admire un champ de lavande...
J'arrive enfin à la station service, mais au lieu de prendre de l'essence, je prendrai du vin. Etonnant, non ?
J'entre où vous voyez "Vins, produits régionaux" et je pénètre dans l'antre d'un passionné de vins et spiritueux, qui a choisi de vendre ce qu'il aime plutôt que d'être payé à ne rien faire par Esso, lors de l'automatisation des pompes à essence.
Alors là, chapeau, je découvre une magnifique sélection de vins et oh, surprise, j'aperçois ceux du Domaine Rouge-Bleu de Sainte-Cécile-les-vignes. J'achète deux cuvées et j'en profite pour acquérir également un Châteauneuf-du-Pape semble-t-il remarquable, produit par Jean-Claude Vidal, qui se trouve être l'oncle de Jean-Marc Espinasse, le monde du vin est vraiment petit.
Je discute avec le propriétaire des lieux qui est un pur autodidacte et nous nous dirigeons vers le coin des whiskies. Il n'a pas celui dont j'ai entendu parler, le Balvenie Peated Cask 17 years, mais j'en aperçois d'autres, des single malts produits par Ian MacLeod, un embouteilleur indépendant qui sélectionne des fûts rares venant des plus grandes distilleries d'Ecosse, dont certaines sont fermées ou mises en sommeil.
Sur l'étiquette, traçabilité totale, y apparaissent le nom de la distillerie, les dates de distillation et d'embouteillage, la signature du responsable des malts de Ian MacLeod, l'âge, le type et le numéro du fût.
Du côté des rhums, j'apprends que ceux d'Amérique du Sud, et notamment au Venezuela ou au Guatemala, peuvent être tout aussi bons que ceux des Caraïbes, certains sont même élaborés selon le principe de la solera, comme les xérès.
Je règle mes achats et quitte 20/Nle 7, très contente de ma rencontre. Plus tard lors du déjeuner, nous ouvrirons la cuvée "Mistral 2007" du Domaine Rouge-Bleu, et tout le monde se régalera de ce Côtes du Rhône puissant et atypique, au grain si particulier dont la minéralité rappelle les sous-sols basaltiques.
J'espère rencontrer un jour Jean-Marc Espinasse, qui s'est installé il y a deux ans à Sainte-Cécile-les-vignes, au pied des dentelles de Montmirail. Il travaille ses vignes en bio selon les principes de la biodynamie en respectant les cycles lunaires, d'où le nom de la cuvée "Lunatique". Il fait également partie de l'association des Vignerons de la Nouvelle Lune (encore elle !), née en mars dernier, qui milite pour des valeurs écologiques et dont les vignerons adhérents travaillent en biodynamie et en biologique en remettant en cause la façon de vinifier et de commercialiser leurs vins.