Les VdV élargissent leurs frontières à la gastronomie aujourd'hui, grâce à leur présidente du mois Nathalie Merceron, dite Tiuscha, de Saveur Passion, qui aimerait savoir quel sera notre duo de l'été, notre accord mets/vin extatique, notre orgasme culinaro-vineux, notre panthéon du plaisir olfacto-stomacal... Mais qu'est-ce qui m'arrive, je suis toute agitée !
J'ai donc bien été obligée de me mettre aux fourneaux ce vendredi soir, ce que je fais rarement après une semaine de boulot sur les épaules, à moins que je ne reçoive des amis. Mais pour les Vendredis du Vin, que ne ferais-je pas !
Je veux bien cuisiner, mais pas question que ça me prenne des plombes et des plombes, alors en presque deux coups de couteau japonais et sans me faire hara-kiri, j'ai mijoté un gratin à la basquaise, pimenté juste ce qu'il faut pour s'accorder à un Irouléguy de derrière les fagots. Prêts pour un accord basque (oxymore...) ?
Mais comment ça se prépare ? C'est très simple, c'est d'ailleurs pour ça que je l'ai choisi. Et ça tombe bien, j'ai de l'Irouléguy dans ma cave. Mais chaque chose en son temps. Pas de dispersion. De l'organisation.
- Eplucher les pommes de terre, les couper en deux (si elles sont vraiment énormes, sinon, je ne vois pas l'intérêt...) et les faire cuire à la vapeur.
- Préparer la piperade : couper les tomates en dés, trancher d'un coup sec et précis les piments dans leur longueur, retirer toutes les graines et les couper en dés de 2 cm environ. Bon, ce n'est pas au centimètre près, non plus. Eplucher l'oignon, le couper en deux et l'émincer en fines tranches.
- Mettre de l'huile d'olive vierge extra Château Virant AOC Aix-en-Provence (mince, on n'est plus dans le pays basque là, tant pis !) dans une poêle, et quand l'huile est chaude, jeter sans violence les piments et l'oignon et les faire rissoler.
- Ajouter les tomates dans la poêle, couvrir. Quand les carottes tomates sont cuites, compter grosso modo 10 minutes, retirer le couvercle et faire évaporer 90 % de l'eau. Et oui, la tomate, c'est de l'eau solide, relisez Hervé Thys, bande d'ignares... Saler et ajouter une pincée de piment d'Espelette.
- Préchauffer le four Th. 7 (210°). Couper les pommes de terre en rondelles, le jambon Ibaïona en petits morceaux. A L'AIDE !!! d'un économe, préparer les copeaux de tomme de brebis Ardi Gasna (en vente chez tous les bons fromagers).
- Dans un plat à gratin sensuellement oint d'huile, disposer les pommes de terre au fond, puis une couche d'Ibaïona, puis une couche de piperade, puis une couche de jambon et une dernière couche de piperade. Recouvrir avec les copeaux de fromage.
- Enfourner pendant 10 minutes environ et faire gratiner sous le gril 5 minutes.
Pendant que votre gratin à la basquaise dore, servez-vous donc un verre d'Irouléguy, vous avez bien mérité de vous détendre un peu !
Il est temps de parler du vin, le pauvre, le gratin lui a volé la vedette !
L'appellation Irouléguy est caractérisée par une zone de Permien encadré par du Trias et du Dévorien, avec quelques îlots de calcaire et d'ophite en décomposition.
Allez, je déconne ! Je ne vais pas vous embêter avec ça... mais sachez que le plus petit vignoble de France, à 50 km au sud de Bayonne, au pied du col d'Ibaneta, s'étend à flancs de coteaux de Saint-Etienne-de Baïgorry à Saint-Jean-Pied-de-Port, à l'abri du vent du nord, mais pas de la pluie. Les deux tiers des vignes sont en terrasses et suivent les courbes de niveau, c'est très joli mais pas du tout pratique à cultiver.
En août 2007, pour faire un court break lors d'un stage en entreprise pendant ma formation à l'IPC Vins & Spiritueux, je suis partie me balader avec ma môman au sud de Bilbao et en remontant sur Bordeaux, nous nous sommes arrêtées au pays basque, à Etxeberria, chez un vigneron indépendant, le Domaine Mourguy. C'est son Irouléguy Rouge 2003 que j'ai choisi pour accompagner mon gratin à la basquaise. Soyeux et souple, il a superbement atténué le feu des piments doux par son velours, sa douceur et ses tanins bien fondus. Un Irouléguy élevé en barriques, rond et complexe, avec un caractère affirmé, à la fois puissant et généreux.
Vive la bouffe, vive le vin, vive le pays basque et vive les Vendredis du Vin !
(et vive moi, zut après tout !)