Si vous me lisez régulièrement, vous savez déjà que lundi, j'ai pris une journée de repos pour aller à Ménilmontant déguster des vins du Languedoc. Si vous ne le savez pas, cliquez là.
Ménilmontant à tous les temps... parlons-en, du temps ! C'était la journée la plus chaude de la semaine, et j'ai trouvé le moyen de passer par la rue de Ménilmontant, qui comme son nom l'indique... grimpe dur !
Suant, rougissant et avec une soif de coyote, je suis arrivée à la Bellevilloise où l'agence Clair de Lune organisait une présentation des vins d'appellations du Languedoc, 30 domaines stars invitant 30 autres domaines plus "confidentiels". Quand je dis confidentiels, il ne faut pas exagérer, il faudrait peut-être parler de "non médiatisés", ce serait plus juste.
Chouette endroit, la Bellevilloise, les vignerons répartis sur deux espaces, de la place, des toiles sur les murs, de beaux et gros lustres tendance écolo-chic-design, une bonne adresse.
Carnet de dégustation en main (vous savez bien, si vous lisez le blog d'Olif, c'est moi qui telle la fourmi laborieuse, noircit consciencieusement mon carnet de notes...), me voici partie à la rencontre des stars du Languedoc, et de celles en devenir.
Ayant bu récemment un blanc du Clos Marie lors d'une rencontre LPVienne, je me suis arrêtée pour goûter à leur cuvée rouge Simon 2008 que j'ai moins appréciée. Clos Marie avait décidé de présenter leur découverte, le domaine Zélige-Caravent, représenté par Marie Michel, artiste peintre diplômée des Beaux-Arts, qui a suivi son mari Luc dans son délire post-traumatique après qu'il ait pété un câble au sortir d'une réunion dans sa grosse boîte de com' et qu'il ait décidé à 40 ans de ne plus s'occuper de communication mais des vignes familiales, vu qu'il est petit-fils de vignerons. Comme Marie est l'artiste du couple, c'est elle qui réalise les étiquettes des différentes cuvées.
J'ai bien aimé Ellipse 2008, un nez très expressif et une finale sur le cassis. Velvet 2007 est très soyeuse, normal, c'est du velours (et oui, pas la peine d'être petite main chez Chanel pour savoir qu'il existe du velours de soie). Le nom vient de la matière mais aussi du Velvet Underground, ou de Blue Velvet, pour les Lynchiens. On se culture un max, sur ce blog... En hommage à l'écrivain audois Joseph Delteil, prix Femina en 1925 avec son roman "Jeanne d'Arc", auteur également des romans "La cuisine paléolithique" et "Sur le fleuve Amour", qui renonça à l'écriture et devint vigneron près de Montpellier après avoir épousé la directrice de la Revue Nègre, bref, en son hommage, une cuvée s'appelle Fleuve Amour. J'ai n'ai pas pris de notes sur le vin, désolée !
Tiens, mais je le connais lui, c'est Eric, d'A boire et à manger, profitant de son jour de congé pour venir à la capitale avec son patron pour faire son marché. Une p'tite bise, et me voici à l'étage, sur le stand du Mas Cal Demoura pour saluer Vincent Goumard dont le vin "Paroles de Pierres" a été fort apprécié lors de la dégustation LPVienne évoquée ci-dessus. Trois pas à gauche, je tombe en amour avec un rosé du Domaine Causse d'Arboras, j'en ai parlé ici. Le domaine mis en avant par la star est celui de La Tête dans les étoiles, en appellation Terrasses du Larzac. Luc Jourdan a élaboré son premier millésime en 2008, il s'occupe tout seul de trois hectares de vignes venues de ses grands-parents. La moitié des parcelles est conservée pour la cave coopérative et l'autre moitié sert à élaborer deux cuvées dont l'une, Au-delà des rêves, issue des vendanges 2010, sortira à l'automne. L'autre cuvée s'appelle Douceur Céleste, j'adore ce nom qui me transporte aussitôt en Asie. Assemblage de syrah, cinsault et grenache, c'est confiture de cerise, cuir, hautement buvable et très peu cher.
Il commence à faire faim, je rejoins avec des petites choses à grignoter un camarade LPVien lui aussi blogueur et me dirige ensuite vers le Domaine de Montcalmès dont j'avais beaucoup aimé le Montcalmès 2002. Le millésime 2008 est superbe : au moment des vendanges le 16 septembre 2008, il a fait -1° sur le domaine, le rendement a été de 20 hl/ha. Assemblage 60% syrah, 20% grenache et 20% mourvèdre, le vin est très minéral (mine à crayon, graphite), riche et soyeux, c'est une fois de plus un vrai bonheur de boire une des cuvées de ce domaine.
Je termine par le Prieuré Saint-Jean-de-Bébian dont j'ai bien aimé le Rouge Prieuré 2003 et sa finale sur le café torréfié et la salinité, et la même cuvée mais dans le millésime 2007, très rond et crémeux.
La véritable découverte a été le domaine Turner Pageot, voisin du Prieuré Saint-Jean-de-Bébian qui le promouvait. Emmanuel Pageot faisait goûter son Blanc 2010, assemblage de roussanne (80 %) et de marsanne, cette dernière ayant fermentée comme un vin rouge sur rafle et pellicules. Le résultat est pour le moins atypique, un nez pas très expressif de fruits exotiques et de miel, une bouche ronde très saline en finale, ça passe ou ça casse, ce n'est pas passé pour ma part mais ça ne m'empêche pas de trouver le vin intéressant et curieux.
J'ai beaucoup aimé par contre le Carmina Major 2009, 70 % syrah moitié basalte moitié calcaire et 30 % mourvèdre sur grès. Des arômes de torréfaction, de cuir, au palais un léger boisé mais bien intégré, de la puissance et de la fraîcheur, un vin superbe.
Malheureusement, les vignerons étaient invités à ne présenter que leurs vins d'appellation, ce qui excluait d'emblée tout vin de pays ou vin de table. Or le domaine Turner Pageot élabore en vin de table des cuvées tout à fait originales, telles que La Rupture, monocépage sauvignon blanc, et une cuvée Santo, presque 100 % roussanne, une vendange tardive de raisins passerillés sur pied, cuvée élevée volontairement en mode semi oxydatif. Pour les découvrir, il faut rendre visite au domaine, ce que je ne manquerai pas de faire lors d'une future virée en Languedoc.
Nous ne sommes décidément jamais au bout de nos surprises avec les vins du Languedoc, cette journée en a été la preuve, stars ou découvertes, les domaines et la région méritent vraiment d'être visités.