Ca ne vous aura pas échappé, depuis mercredi dans les salles de cinéma, le film de Gilles Legrand, "Tu seras mon fils", est à l'affiche. Je vous fais le pitch ?
Nous sommes à Saint-Emilion, au coeur des vignes et d'un premier grand cru classé (tournage au Clos Fourtet, propriétaire Philippe Cuvelier), Paul de Marseul mène à la pipette son vignoble et son fils, avec pas mal de dommages collatéraux.
Images magnifiques, vignes bien alignées, le clocher de Saint-Emilion en arrière-plan, la blondeur des vieilles pierres d'un château du 18ème siècle, et la noirceur des sentiments, le cynisme et la cruauté d'un homme qui n'a jamais pardonné à son fils de n'avoir pas été conforme à ses attentes...
En dehors de l'omniprésence du vin (et pas seulement des vins bordelais) dans le film, des vignes jusqu'à la bouteille, c'est une plongée dans les abysses de l'âme humaine qui fait frémir. Violence des dialogues, heureusement très drôles par moments, premiers et seconds rôles parfaits : Niels Arestrup, décidément cantonné aux rôles de père détestable (cf. "De battre mon coeur s'est arrêté"), Lorant Deutsch, Patrick Chesnais (cf. l'excellent "Je ne suis pas là pour être aimé), Anne Marivin (cf. "Les petits mouchoirs"), relations entre le négoce du vin et les riches propriétaires viticoles, histoire de succession, relations père-fils plus que conflictuelles, on est à la fois fasciné par cette histoire familiale et atterré par la noirceur des relations.
Heureusement, en ponctuation de tant de noirceur, le magnifique Cum dederit de Vivaldi chanté par Sandrine Piau, et "Les mots bleus" de Christophe interprétée par Bashung.
Un film âpre, troublant, une plongée dans un certain monde du vin, une réussite.