La veille des journées du patrimoine, le groupe LPVien "Catherine et les garçons" s'est réuni pour célébrer à sa manière le patrimoine vineux et gastronomique du Sud-Ouest. Rien que pour vous, le best of.
Daniel et Dominique nous accueillaient de nouveau chez eux pour la soirée (merci encore à eux), le jardin était toujours aussi sympa, le figuier croulait sous les figues blanches, l'air était très doux, les chats menaient leur vie, nous aussi...
Pour fêter le petit Paul de Jérémy, nous avons ouvert un pétillant naturel (pét. nat., pour les intimes) Mauzac nature 2009 du Domaine Plageoles, très sur la pomme tant au nez qu'en bouche, belle vivacité avec des bulles fines et peu de sucres résiduels, une entrée en matière sympathique.
Les dés de thon cru aux graines de sésame grillées, champignons de Paris émincés et feuille de menthe s'avancent, Daniel dégaine un Cahors blanc au premier nez assez peu expressif, puis il s'ouvre sur le pamplemousse et l'abricot, c'est un vin de pays du Comté Tolosan, le Sec du Clos 2007, du Clos Triguedina, 50 % viognier et 50 % chardonnay. Un blanc à Cahors ? Ben ouais, Jean-Luc Baldès a commencé à planter des cépages blancs en 1994, histoire de montrer que les sols de Cahors pouvaient produire autre chose que du malbec, et ç'est concluant. Le vin fonctionne très bien avec les dés de thon.
Nous restons dans le blanc avec un vin que j'avais découvert il y a deux semaines à la Bellevilloise, le Bergerac L'Extase 2010 du Domaine de l'Ancienne Cure. Les dégustations se suivent mais ne se ressemblent pas, j'ai plutôt été déçue en le buvant une seconde fois, je l'ai trouvé trop vanillé. Avait-il été très longuement carafé le matin de la dégustation ? Vendredi soir, je l'ai pourtant aéré une heure avant de le remettre en bouteille, c'est bizarre. L'exubérance était bien là, les arômes floraux aussi, mais il était en deça de l'impression qu'il m'avait laissée. Suivant les directives de Daniel, très à cheval sur les accords mets/vins, à tel point que je le surnomme "le grand catalyseur" (Daniel, c'est de l'humour...), j'avais préparé un tartare d'espadon au pamplemousse rose, crumble amandes, ail et gingembre, selon une recette d'Eric B. J'étais dubitative sur l'accord, j'ai failli suivre les recommandations du vigneron (Christian Roche) qui conseillait en entrée une salade aux deux choux, magret fumé et foie gras du Périgord. Mais la recette d'Eric allait très bien avec les notes d'agrumes du vin et sa fraîcheur, c'était un bel accord. Même si je n'ai pas suffisamment assaisonné le tartare...
Nous passons à un autre blanc sec, celui du Château Tirecul la Gravière, plus connu pour ses Monbazillac liquoreux qui peuvent concurrencer les meilleurs Sauternes. Ce vin de pays du Périgord 2002 a des arômes de coquille d'huîtres, d'iode, il est très minéral et offre de belles notes de truffe blanche (pour une fois que je les discerne !), mais surtout l'accord avec les noix de St Jacques crues parfumées à l'huile de truffe blanche, entourées de jambon Prosciutto et tomme de chèvre pressée, est topissime ! Si j'ai été déconcertée par l'austérité du vin, qui était à l'opposé du Bergerac précédent, le duo qu'il formait avec le plat m'a laissé sur le cul les fesses, et je n'ai pas été la seule ! Sublime...
En plus d'être la soirée d'Eric B. pour les recettes, c'est aussi celle du Domaine Plageoles pour les vins ! Avant de passer aux vins rouges, nous terminons par le Vin de Voile 1983 du domaine, un Gaillac oxydatif aux notes de noix de cajou, de noix, puissant et épicé, une merveille de fraîcheur et de jeunesse. Je connaissais ce vin que j'avais découvert il y a un an ou deux, je l'ai d'ailleurs reconnu, et une fois de plus, c'est une véritable claque, surtout avec les dés de Comté affiné 24 mois et les noix du jardin de nos hôtes. On avait tous du mal à s'arrêter de picorer... je n'ai pas dit "de picoler", bande de médisants !
Les vins rouges entrent en scène avec le Fronton Don Quichotte 2007 du Domaine Le Roc. Assemblage de négrette (60 %) et de syrah (40 %), il est élevé 18 mois en foudres et en barriques, c'est peut-être ce qui lui donne un nez très grillé, outre un bouquet épicé et animal. En bouche, le cuir domine, le tout est puissant et fruité, voire légèrement herbacé. L'accord avec la fricassée de coeurs de canard aux oignons caramélisés est superbe.
Je vous ai déjà parlé des vins d'Elian Da Ros, c'est son Clos Bacquey 1998, Côtes du Marmandais, que nous découvrons maintenant. Le cassis explose au nez, en bouche j'aime bien sa matière et sa fraîcheur, mais les tanins bien présents, voire trop en finale, me font penser qu'un peu plus de soyeux ne nuirait pas... Le mariage avec le boudin noir selon Christian Parra, l'ancien chef doublement étoilé de la Galupe à Urt, et la poivronade est très heureux, c'est vraiment ce qui convenait à la puissance du Clos Bacquey.
Cahors d'un jour, Cahors toujours... Ce n'est pas la devise du domaine Le Clos d'un Jour, qui avec la cuvée Un jour sur terre 2006, nous dit plutôt "issu de la terre, vieilli en terre". Mais qu'est-ce qu'elle raconte ? J'explique : ce Cahors pur cot a été élevé 18 mois en jarres de terre cuite, fabriquées par un potier de Castelnaudary. La robe est dans la lignée "vin noir", le nez est très expressif sur le caramel, en bouche on retrouve des notes de sucre candi et de cendres et la finale est sur le tabac. Ca fait beaucoup pour un seul vin, mais ça fait du bien ! Un Cahors très original, celui que j'ai préféré de la série. J'allais oublier : il accompagnait des magrets de canard à la plancha et une fricassée de cèpes frais, encore un accord très réussi et une preuve des talents culinaires de Dominique.
Le deuxième Cahors, celui du Domaine Cosse Maisonneuve, cuvée Les Laquets 2004, ne me convainc pas, même si ses notes de réglisse et mentholées sont séduisantes. La finale est très asséchante, on aura compris que ce n'est pas mon préféré de la soirée...
Sur un magnifique et très copieux plateau de fromages de Marie Quatrehomme, maître-fromager et MOF 2000, nous buvons le troisième et dernier Cahors, celui du Château Le Cèdre, cuvée Le Cèdre 1997. Des notes d'épices et de violette montent au nez, les fruits noirs et la minéralité apparaissent au palais, ce n'est pas mal mais je ne suis pas transportée. Il est temps de passer à autre chose...
Terminons par une pâtisserie aux abricots et revenons à Gaillac mais version liquoreux, pourquoi pas Renaissance 2007 du Domaine Rotier ? 100 % Loin de l'Oeil, un cépage ancestral du gaillacois, il est opulent et complexe, avec des notes d'abricot et de figue, c'est vraiment très bon.
Le dernier vin sera un autre Gaillac liquoreux, Vin d'Autan 2006 du Domaine Plageoles. C'est une vraie liqueur, qui suggère les raisins secs, le coing et le miel. Que de matière, et que de sucre (250 g/l de sucres résiduels) ! Délicieux mais trop liquoreux à mon goût.
Ainsi s'achève une très belle soirée qui nous aura fait voyager au nord du Sud-Ouest, la partie méridionale, ce sera pour plus tard, et d'ici là, nous ferons d'autres détours, par l'Est, et puis... nous verrons bien. Adishatz !