Olif, notre président du mois, auteur prolifique et très nature du blog éponyme, trop malin, veut griller tout le monde et orchestrer avant l'heure la mélodie du bonheur beaujolais. Ne lui jouons pas de pipeau, oublions le bojo nouveau et composons notre ode aux crus du Beaujolais.
DOrées comme les pierres, ocre roux ou clair, près de Villefranche-sur-Saône, le Beaujolais se la joue Toscane, trop mégalo !
REgnié, tu es le plus récent des crus du Beaujolais, ta notoriété a pourtant du mal à décoller, tes sols de granit rose ou de sable sont maigrichons mais tes vins souples ont de délicieux arômes de framboise et de groseille.
MIllésime : au printemps qui suit les vendanges, une fois que les vins ont "fait leurs Pâques", ouvrez les Beaujolais et Beaujolais-Villages. Puis les nouvelles vendanges venues, dégustez les Régniés, Chiroubles, Brouillys et Saint-Amour. La troisième année, découvrez les Fleuries, Juliénas, Morgons et Chénas. Dès la quatrième année, faites un sort aux Fleuries La Riolette, aux Côte-de-Brouilly, Moulin-à-Vent, Morgons Côte du Py. Tordez le cou aux idées reçues, laissez vieillir les meilleurs crus !
FAnal bleu (Le), le dernier livre de Colette, dont quelques pages du chapitre "Beaujolais 1946" sont dédiées aux vendanges dans cette région où l'écrivaine séjourna.
SOLs : du nord au sud, cinquante-cinq kilomètres de vignes s'étirent entre le Mâconnais et les Monts du Lyonnais en une succession de collines et de coteaux, limités à l'ouest par les monts du Beaujolais, glissant lentement à l'est en croupes arrondies vers le lit de la Saône. Paysage vallonné et serein, ponctué ici et là de clochers de villages, de cadoles et de châteaux.
LAssez-vous du matraquage médiatique du beaujolais nouveau orchestré dans les années 70, 80 et 90, des promesses au goût de fraise écrasée et de banane, et des primeurs aussi vite bus que pissés. Redécouvrez le gamay, ses notes fruitées, florales dans leur jeunesse, ou nuancées de truffe, d'épices ou de fumé, sur une gamme allant du plus végétal au plus exotique.
SI on s'en jetait un p'tit derrière la cravate ? (faut m'excuser, j'viens de relire "Le beaujolais nouveau est arrivé", de René Fallet, ça déteint sur mon style !). En consultant le site Vin-terre-net, dont a déjà parlé notre président Olif, à la lecture de leur article sur le Domaine à la Une, j'ai eu très envie de goûter à ce morgon du Domaine Desvignes. Un petit coup de fil à Villié-Morgon, Louis Desvignes décroche, se met en quatre pour me trouver des adresses de cavistes sur Paris, vraiment adorable et serviable. Quelques heures plus tard, je fonce acheter ma bouteille et je l'ouvre. J'avais déjà bu des morgons, c'est une appellation que j'aime beaucoup, mais je n'avais jamais goûté à l'un de ses meilleurs climats, celui de la Côte-du-Py, un des plus grands terroirs du Beaujolais. Et sur ce terroir, en contrebas du Py, il y a le sous-lieu-dit Javernières, qui donne des vins superbes.
Après un carafage d'une heure, je me verse un verre, je mets le nez dessus, ça sent drôlement bon, moka, terre brûlée, tabac. Je goûte, de la fraise très mure, des notes de graphite, de fumé, c'est... comment dire, tellurique, classieux, typé. Et puis on s'en fout de l'analyse, à un moment, faut arrêter d'intellectualiser, C'EST DELICIEUX ET C'EST TOUT !! Et ça se garde aussi, 10 ans. Pas ouvert, bien sûr... Louis, si vous étiez en face de moi, je vous embrasserais.