Officiellement aujourd'hui, on avait le droit de parler du vin jusqu'à plus soif dans tous les médias et d'en boire depuis minuit, ça n'arrive qu'une fois par an et c'est le troisième jeudi de novembre. J'ai célébré le Beaujolais Nouveau à ma façon, on va dire "bourgeoise décalée" (mais pas décalquée).
Nous sommes allés à midi avec des collègues aux chics et classieuses Caves Legrand, dans la galerie Vivienne, qui élaborent depuis près de 25 ans leur Beaujolais Primeur aux côtés de Pierre-Marie Chermette du Domaine du Vissoux.
Dans le quartier de la Bourse, la fête a commencé, certains trottoirs en témoignent...
photo©Unefemmedesvins
Nous arrivons aux Caves Legrand
Au menu unique du jour, la Pistachée, une assiette chaude composée de lentilles vertes du Puy et d'un saucisson lyonnais pistaché de la charcuterie Sibilia, et un verre de Beaujolais.
Mi-octobre, l'équipe Legrand s'est rendue dans le Beaujolais dans la région des Pierres Dorées et a goûté à la quinzaine de fûts de gamay élaborés par Pierre-Marie Chermette, vinifiés en foudres et en cuves inox. Les vins ont achevé leur malo (fermentation malolactique) mais n'ont pas été soutirés. Une fois tous les vins dégustés, arômes, structure et équilibre sont passés en revue et l'assemblage est réalisé. C'est celui-ci que nous avons bu. Une couleur assez soutenue, une jolie structure, des notes fumées, du fruit bien sûr mais pas d'arômes exacerbés, c'est un Beaujolais Primeur correct sans être renversant.
Tout au long du déjeuner, au son d'un duo accordéon-voix, nous sommes plongés dans l'ambiance bal popu et ginguette et avons droit à "Mon amant de Saint-Jean", "J'ai deux amours" et autres "Ca sent si bon la France"...
Beaucoup plus tard, en quittant le bureau, je file dans ce quartier truffé de ministères, de grands bourgeois et noms à particule pour lequel nos chers politiques se déchirent à coups de déclarations vachardes, j'ai nommé le 7ème arrondissement. Il y a, au 31 de la rue de Bourgogne, le caviste Ampelos que j'ai découvert en juin dernier au cours d'une dégustation des vins de Patrick Baudouin. Et bien oui, Rachida a bien raison quand elle dit que dans son arrondissement, il y a "des gens comme vous et moi", puisqu'on y fête dans la joie et la négresse le Beaujolais Nouveau, celui du Domaine du Vissoux (encore lui !) et celui du Domaine Jean Foillard, en mangeant un mâchon lyonnais. A propos, un dicton lyonnais dit : "Entre une fenotte et un bon mâchon, n'hésite pas, gone, n'hésite pas". Je traduis : si ton coeur balance entre une nana et un mâchon, n'hésite pas p'tit gars, n'hésite pas...
Les Griottes du Domaine du Vissoux ne m'ont pas convaincue, j'ai mieux aimé l'assemblage des caves Legrand, mais par contre j'ai été conquise par le Beaujolais de Jean Foillard, séveux, nerveux, fougueux, délicieux !
Et le mâchon lyonnais, venu des halles, servi très généreusement, était une vraie tuerie.
La leçon du jour : en buvant du Beaujolais, (re)lisez René Fallet !