Quand j'ai découvert sur LPV que le dimanche de Pentecôte, à Maury, se dérouleraient Les Amorioles, un parcours pédestre au coeur des Fenouillèdes ponctué de dégustations et de bouchées gourmandes, je me suis dit que ce serait l'occasion de découvrir des tas de vignerons que je n'aurai pas le temps d'aller voir pendant ma semaine de vacances.
Il est 10h30 sur la place du village, les organisateurs de l'événement s'affairent sous les platanes, discutent, les sacs contenant verre, couverts, stylo et livret de dégustation attendent d'être distribués aux participants.
C'est la troisième édition des Amorioles, et le nombre de participants augmente chaque année. Nous devrions être 500 cette année, avec des départs échelonnés entre 11h00 et 14h00. Je fais partie du premier groupe, on me remet un sac, un bob et nous sommes rassemblés autour d'une guide qui nous fera un panorama historique de l'histoire de Maury à la fin du 19ème siècle.
Le vignoble de Maury s'étend dans un quadrilatère de 3 km de large sur 11 km de long, limité au nord et au sud par le massif des Corbières et celui des Fenouillèdes. Le terroir est schisteux (Maury vient d'Amorioles qui signifie terres noires), argileux vers la Coume du Roy, et exceptionellement calcaire vers le Mas Janeil. On y produit des vins doux naturels, d'appellation Maury, rouge ou plus rarement blanc.
Après cette introduction historique, nous partons et traversons le village, admirant par-ci par-là les trompe-l'oeil.
Les 4 km du parcours se feront direction sud-nord, vers le château de Quéribus. Nous entrons par la Débaillade, la partie basse de la localité.
La première étape est déjà là, les vignerons nous attendent.
Nous avalons la mise en bouche, un gaspacho de petits pois à la menthe et crème mascarpone au poivre, et découvrons les vins des six producteurs présents. J'aime beaucoup Le Trouble Fait blanc 2010, du Clot de l'Origine, un muscat sec.
J'aime aussi beaucoup le Regain Blanc 2010 du Domaine Semper, 100 % grenache gris, très minéral.
mais je suis déçue par Les Loustics Rouge 2010 de La Petite Baigneuse, trop boisé, j'aime pourtant son maury.
Nous nous remettons en marche vers la deuxième étape.
Quéribus veille sur nous !
Végétation méditerranéenne typique
Nous arrivons à l’étape 2 où nous attend un parfait de légumes et foie gras aux noisettes.
J’apprécie ce Maury minéral et bien équilibré. L’Idylle blanc 2011 du Clos des Vins d’Amour m’a bien plu, assemblage de grenache blanc, grenache gris et macabeu, épicé et droit, une divine Idylle, comme dirait Vanessa.
L’étape 3 est très vite atteinte cette fois, il commence à faire chaud et sous le soleil, je goûte au cannelloni de crabe et bisque glacée au fenouil. Intitulé bien pompeux pour une bouchée assez plate, il faut chercher le crabe, écrasé par le fenouil sans doute… Je suis attirée par la présentation du Domaine Thunevin-Calvet qui a posé sur le tonneau un bouquet d’amourette, une graminée assez jolie que je découvre, et qui est aussi le nom de sa cuvée 100 % grenache gris dont c’est le premier millésime.
Je redécouvre avec plaisir Altaïr Blanc 2009 du Mas Amiel, assemblage de grenache blanc (80 %) et macabeu, que je n’avais pas bien goûté en décembre 2011 au Salon des Vignerons Indépendants.
Le beau rosé de pressurage Eclat de Rose 2011 du Mas Camps, issu de syrah, n’est pas mal du tout, outre sa superbe robe.
Etonnamment, le VDN Maury Tradition 2010 du Domaine de la Coume du Roy s’accorde bien avec le cannelloni de crabe. Son géniteur Jean-François Bachelet, très sympathique, abandonne son poste quelques minutes pour venir discuter avec moi et me dit que l’on ne pense jamais à servir un Maury rouge sur du poisson alors qu’avec de la morue par exemple, c’est délicieux. Avant mon départ pour le Roussillon, le domaine m’avait été recommandé par un ami pour sa collection exceptionnelle de vieux maurys.
Il est un peu plus de 13h00, j’arrive à l’étape 4 où l’on nous sert un parmentier de canard, sauce Maury aux échalotes, copieux et bon.
Difficile de trouver une place assise autour d’une table, je tape l’incruste dans un groupe de copains belges. Pas mal de bons vins à cette étape, des cuvées 100 % grenache noir qui se distinguent par une belle fraîcheur et des notes de graphite très plaisantes, en plus du fruit. C’est le cas de Providence 2009 du Clos du Serre Romani (montagne aux romarins), de l’Enfant Perdu 2009 du Domaine des Enfants, de B 52 du Domaine Pouderoux, qui m’avait aussi été recommandé.
photos©Unefemmedesvins
Je repars à travers vignes pour aller vers la 5ème étape. J’admire au passage de très vieux ceps noueux.
J’arrive à l’étape qui sera celle des fromages, ceux de la maison Juliette à Rivesaltes. Rien d’extraordinaire côté vins, si ce n’est une très belle Ballade 2011 du Domaine du Mas de Lavail, 100 % carignan, qui pétait de fruit pour 5,50 €, un rapport qualité/prix/plaisir imbattable, et la découverte du très joli Maury blanc 2010 du tout petit domaine Mon Hectare, géré par Odile Pontillo, qui est aussi journaliste, sommelière et écrivain.
J’arrive à la dernière étape, près du kiosque l’orchestre est prêt mais ne joue pas encore, et avant le jazz, la douceur des VDN, pour accompagner une mousse au chocolat et crumble aux épices.
L’Alcôve 2009 du Clos des Vins d’Amour n’est pas mal, mais je suis emballée par la cuvée Jolo 2010 du Domaine de la Coume Majou, un 100 % grenache noir cueilli en surmaturité, peu sucré (85 g/litre), un VDN de gastronomie et pas "sucrerie" comme le dit Luc Charlier qui l'a élaboré. Luc, LE commentateur attitré du blog Les 5 du vin mais également blogueur.
J’aime aussi beaucoup la belle acidité du VDN La Cerisaie 2009 du Domaine des Schistes et le Maury 2008 du Domaine Jorel, de Manuel Jorel, qui après avoir été employé viticole pendant des années, s’est lancé en bio en 2000 et qui a maintenant 7 ha, répartis sur le terroir de Maury et celui de Lesquerde, plus en altitude.
Le bilan est très positif pour ces Amorioles 2012 qui est une manifestation "oenotouristique" très plaisante. Une petite déception du côté gastronomique avec les plats concoctés par Pascal Borrell, le chef du restaurant étoilé "La maison du terroir" à Maury, mais je mesure la difficulté de proposer, en pleine nature, à une température avoisinant les 30 degrés, des plats tendance "gastronomie".