Heureux hasard, quelques semaines après mes vacances dans le Roussillon, le groupe Catherine et les garçons se retrouvait vendredi dernier pour une dégustation centrée sur les vins de cette région.
Nous avons commencé par les blancs. Pour accompagner la délicieuse soupe aux deux melons de Dominique, un vin que certains ont eu du mal à identifier, j’avoue je n’ai pas reconnu les arômes du muscat, puisque c’était un Muscat de Rivesaltes 2005 du Domaine Cazes. Outre sa robe or, son nez très expressif sur l a gentiane (bien vu, Philippe !), des raisins surmûris, un peu de sucre résiduel, je n’ai pas du tout reconnu les notes muscatées de ce vin assez atypique. Superbe accord avec la soupe aux deux melons, une belle entrée en matière(s).
Le deuxième vin est servi, il a une très belle robe or. Je reconnais le grenache gris, c’est un assemblage de grenache gris et de grenache blanc, c’est la cuvée La D18 2005 du Domaine Olivier Pithon. Très minéral, sur le poivre gris et le gingembre, j’aime beaucoup, moi je ne suis pas du tout passée à côté de ce vin, na na nère ! ;-)). Le sel des anchois Roque de Collioure ne m’a pas dérangée, j’ai aimé l’accord avec le superbe plateau d’anchois, de pamplemousse rose, de tielle sétoise et de tapenade verte grecque.
Hum, ce blanc a un très beau nez de fenugrec, il est tout en minéralité avec une finale sur la terre glaise (quoi, vous n’avez jamais senti son odeur chez un potier ?), c’est l’Argile 2000 du Domaine de la Rectorie. Un accord magnifique avec la daurade au fenouil et jus de bouillabaisse cuisinée magistralement par André.
Philippe, échaudé à plusieurs reprises par certaines de ses bouteilles bouchonnées, et toujours généreux, a apporté la même cuvée mais beaucoup plus jeune, du millésime 2008. Nous pouvons ainsi comparer et je préfère la cuvée la plus jeune, qui m’a séduite par ses notes d’ananas, d’amande amère, vraiment un superbe vin.
Les supions et calamars à la plancha sont avancés, Daniel nous sert un vin à la robe caramel, curieux…
Un vin très puissant, très fruité, aux notes de caramel au beurre salé, de noix sèche, de figue sèche. C’est un Rancio sec, le Cap de Creus du Domaine de la Tour Vieille.
Magnifique, mais comme André, je n’ai pas été convaincue par l’accord avec le plat.
Nous passons à table et aux vins rouges. Quel superbe plateau de charcuteries catalanes !
N’oublions pas les catalyseurs (poivrons marinés, chutney de figues et de pruneaux), sinon Daniel va m’en vouloir…
Un nez animal, sur le cuir, l’argile. Une bouche très minérale, à la finale un peu asséchante, ça ne me déplaît pas, certains trouvent que les bretts ont frappé. C’est un Côtes du Roussillon cuvée Saint Bart Vieilles Vignes 2006 du Clot de l’Oum.
Cet autre vin a un nez très exhubérant, sur les fruits noirs écrasés, le cacao. En bouche, on perçoit des notes de framboise, le boisé est bien fondu, les tanins sont soyeux, il a une belle fraîcheur. C’est un Côtes du Roussillon Villages Caramany, Le plus joli 2008, du Domaine Modat. Nous avons la chance d’avoir le vigneron à notre table, il n’a pas reconnu son vin, servi à l’aveugle dans un ordre ignoré, je le rappelle. Le vin fait l’unanimité, tout le monde l’apprécie.
Trois vins rouges sont servis, les travers de porc grillés aux figues rôties sont sur la table, je passe pour une gourde en ne comprenant rien à l’ordre de service des vins, leur numérotation, c’est un peu le souk, mais enfin tout rentre dans l’ordre dans mon esprit… !
Côtes du Roussillon Village La Torre 2001 Domaine Gardiés : beau fruit, très belle trame acide, j’aime beaucoup. Je n’ai pas pris davantage de notes !
Côtes du Roussillon Villages Le Clos des Fées 2001 Hervé Bizeul : nez de thym, boisé trop présent, on ne peut pas dire que je l’ai bien goûté…
Côtes du Roussillon Villages La Muntada 2005, Domaine Gauby : nez défectueux (bretts ?), aigrelet, fluet, bouchonné. Dommage, il semblerait que ce soit un vin superbe.
Sur les fromages, nous buvons le superbe Maury Vintage Blanc 2002 du Mas Amiel, 100 % grenache gris. Un nez d’agrumes, de fleur d’oranger, une bouche vive, minérale, riche, c’est délicieux, et l’accord sur la tomme de brebis est magnifique.
A mon tour de passer en cuisine pour préparer le dessert, des griottes au thym citron et poivre noir. Recette d’Olivier Poussier, fournie par Daniel, notre grand Ordonnateur ! Quand ce dernier m’a envoyé la recette, et d’après les souvenirs que j’avais du vin que j’avais apporté et que l’on devait boire sur le dessert, je me suis dit que l’accord était casse-gueule, à cause du thym et du poivre.
J’envoie un mail au vigneron, qui me dit qu’il ne connaît pas le thym citron, le seul qu’il connaisse est le thym classique qu’il coupe lorsqu’il est en fleur au bord de ses vignes. La parisienne, avec son thym citron, renvoyée dans ses quartiers ! Il me précise que par contre, les herbes de garrigue, thym et romarin, font partie du bouquet développé par le grenache noir bien mûr. Quant au poivre noir, le vigneron n’hésite à pas à boire ce vin sur une côte de bœuf qu’il poivre généreusement. Il conclue en disant qu’il n’est pas sûr qu’il faille absolument des notes identiques entre le vin et son plat, qu’elles peuvent être simplement complémentaires.
Je suis rassurée, je vais faire la recette recommandée. Je vous dévoile le vin, un VDN Maury Grenat cuvée Jolo 2010 du Domaine de la Coume Majou, celui de Luc Charlier.
Ce vin doux est issu de grenache noir cueilli en surmaturité, totalement éraflé et élevé à l’abri de l’air, comme les vintage de Porto. Ce maury ne renferme que 85 gr de sucre résiduel par litre, ce qui en fait un VDN de gastronomie plutôt qu’un vin "sucrerie". Découvert lors des Amorioles fin mai, j’avais eu le coup de foudre pour ce superbe maury.
L’accord avec les cerises est superbe, je n’avais aucune crainte sur ce point, le thym citron vient renforcer les notes herbacées du maury, et le poivre noir renvoie à la minéralité du terroir schisteux. Un bel accord, merci à Olivier Poussier et Daniel !
Une magnifique soirée, nous remercions nos hôtes qui se sont décarcassé une fois de plus, merci à eux !