Pour une fois que le whisky est le thème principal d’un film au cinéma, je n’allais pas rater ça, et si comme moi vous aimez Ken Loach, l’Ecosse, le whisky tourbé et les comédies, ne ratez pas "La part des anges", pas très moral, mais drôle !
Drôle, pas au début, puisque la première partie du film, assez glauque, nous montre les NED (Non Educated Delinquants) de Glasgow parmi lesquels Robbie, balafré et superbe regard bleuté, condamné à des travaux d’intérêt général pour avoir buté, cocaïné à mort, un inconnu dans la rue. On se dit "ouh la la, c’est du Ken Loach, on est dans le film social" ! Puis on bascule dans la comédie dès le moment où les travaux commencent, Robbie s’y colle et se lie d’amitié avec trois autres oubliés de la vie, un taré, une kleptomane et un gentil rustre. La joyeuse bande est prise en main par un éducateur au grand cœur, très amateur de whisky, qui les emmènera visiter une distillerie et assister à une dégustation. Robbie découvre qu’il a un "nez", se passionne pour le breuvage et avec sa petite bande, décide de monter une arnaque au whisky, mais pas n’importe lequel, un Malt Mill mis aux enchères et dont il ne reste plus que trois bouteilles au monde, dont deux sont contrefaites.
De Glasgow au nord des Highlands, on suit le petit groupe et on visite au passage la distillerie de Balblair, entre Inverness et Wick, un peu oubliée des circuits classiques des routes du whisky !
On ne peut s’empêcher d’être du côté des "losers" arnaqueurs qui se réapproprient un whisky vendu plus d’un million de livres, au nez et à la barbe d’un richissime acheteur américain qui n’y voit goutte, et on rigole en pensant du côté des professionnels, il peut y avoir des magouilles. Mais comme le dit Dominic Roskrow, éditeur du magazine Whiskeria et auteur du livre World’s Best Whiskies évoqué dans le film, sur son blog, ne croyez pas tout ce que vous voyez !
Il égratigne au passage le monde du vin qu’il juge beaucoup plus élitiste que celui du whisky, boisson accessible à tous et que chacun peut découvrir notamment en lisant quelques bons livres…
Outre la bande-son du film qui vous fera sortir de la salle en sifflant le tube des Proclaimers "I would walk 500 miles", vous entendrez un accent local à couper au couteau, quasi incompréhensible même si vous parlez anglais. Et vous rigolerez en voyant que le whisky rarissime subtilisé a été versé dans des bouteilles étiquetées "Irn-Bru", prononcez "Iron Brew" (décoction à base de fer), l’autre boisson nationale écossaise, un soda célèbre par sa couleur orange vif, hyper sucré, contenant de la caféine et de la quinine !
Oups, quand l’actualité rattrape la fiction… en juin, après avoir vu le film, et interpellée par la séquence de la vente aux enchères, la directrice de la distillerie Lagavulin, sur l’île d’Islay, décide d’explorer les recoins de ses caves et découvre avec stupeur une bouteille de Malt Mill de la cuvée juin 1962, le saint Graal ! Son prédécesseur l’avait reçue et cachée. On savait qu’une bouteille avait été remplie avec du distillat produit le dernier jour d’activité de la distillerie, mais tout le monde ignorait où elle se trouvait. Ce n’est pas très étonnant de l’avoir découverte dans les caves de Lagavulin, puisque la distillerie Malt Mill a été construite en 1908 à l’intérieur de ce complexe. En 1960, quand elle a été fermée, ses alambics ont rejoint ceux de Lagavulin. Une belle promo pour le film !