... disait la RVF dans un Hors-Série de juin 2007 consacré à l’oenotourisme. Comme j’y ai été invitée à partir un week-end prolongé, j’ai pu vérifier si la RVF ne mentait pas…
Profitant de la douceur de l’air et du soleil, nous sommes partis du village de Baume-les-Messieurs, classé comme l’un des plus beaux villages de France, pour explorer à pied les alentours, sur le GR59. Avant de bifurquer sur le GR, j'admire une maison ancienne comme je les aime.
Fastoche, le sentier nous a menés vers le belvédère des Roches de Baume. Nous contemplons au passage le jeu de l’eau sur la roche…
Photo©Unefemmedesvins
… prélude à la superbe cascade en éventail du Dard.
Nous arrivons un peu plus tard aux grottes de Baume, que nous ne visiterons pas, et poursuivons jusqu’au belvédère qui permet de contempler la reculée de Baume et son spectaculaire cirque.
Un autre belvédère, avant l’arrivée au village, offre une vue plongeante sur les vieilles maisons et l’abbaye bénédictine.
Nous arrivons au village et visitons l’abbaye impériale, qui était au IXe siècle une dépendance monastique de l’abbaye féminine de Château-Chalon. Elle fut confiée un peu plus tard à l’abbé Bernon, qui fonda par la suite l’abbaye de Cluny.
En passant devant un bar/restaurant, j’aperçois une affiche de la future percée du vin jaune. A vos agendas (ou vos Smartphones, pour les plus modernes…).
Un petit tour au village de Granges-sur-Baume pour aller à la fromagerie artisanale Poulet, leur morbier fruité et comté de réserve affiné 25 mois sont de vraies tueries !
Sur la route du retour vers Voiteur, un petit arrêt pour admirer Château-Chalon sur son éperon rocheux et les vignes en contrebas.
Le lendemain, visite d’un autre plus beau village de France, Château-Chalon, qui a donné son nom à l'appellation, célèbre pour son vin jaune. Vin de type oxydatif, comme le Jerez, aux notes de noix, de pomme, de curry, curcuma, safran, un vin déroutant, envoûtant pour qui aime, et pour ceux qui ne connaissent pas, bien souvent, ça passe ou ça casse...
Nous sommes attendus chez l’un des vignerons les plus reconnus et appréciés du Jura, les Macle, où d’autres visiteurs venus d’Alsace ont déjà commencé la dégustation. La femme de Jean Macle, tout chignon dehors, nous reçoit, mais un petit tour dans les vignes ne sera pas possible, c’est l’effervescence, les vendanges ont commencé le 20 septembre, Laurent Macle s’occupe du Macvin, et maman se colle aux visiteurs. Enfin, je veux dire qu’elle les reçoit, pas qu’elle les vampe, tout le monde aura compris… J’préfère préciser, les gens sont tellement médisants… Revenons aux vins. Pour les accompagner, une petite corbeille de lamelles de comté a été placée devant nous, une attention fort sympathique. Le Côtes du Jura 2009, 80 % chardonnay et 20 % savagnin, élevés tous deux sous voile mais séparément, donne un vin très aromatique, élégant, sur les épices, d’une belle trame acide et avec beaucoup de gras, ça me plaît bien. Nous passons au millésime 2008, même encépagement, plus doux et donc moins "mordant" que le précédent, que nous avons préféré.
Nous parlons des vendanges, autorisées depuis le 27 septembre pour l’AOC Château-Chalon, les Macle pour l’instant vendangent le chardonnay, le savagnin attendra le 30 septembre. Cette année, autant pour le chardonnay que pour le savagnin, les grappes sont petites, le rendement est faible (20hl/ha).
Nous apprenons qu’en 1974, 1980, 1984 et 2001, aucun vigneron n’a produit de Château-Chalon, le déclassement a été total.
Nous goûtons au Château-Chalon 2005, dont la mise en bouteille a eu lieu en juin dernier. Normalement, il faudrait attendre 2022 avant de le boire, mais 10 ans, c’est long, et encore faut-il avoir une bonne cave pour le conserver… Beau vin, la noix se fait discrète sur le nez, le curcuma est sensiblement plus présent. La bouche est ample, très précise et délicate.
Le Château-Chalon 2004 est l’archétype du vin jaune pour moi : une puissance aromatique de folie, des notes de noix verte, une longueur invraisemblable, la finale sur l'amertume de la noix fraîche pas tout à fait mûre, ouahou !!
Nous passons au Macvin, non millésimé, vin de liqueur qui peut être blanc ou rouge, celui-ci est blanc. Délicieux, ça rappelle le Christmas Cake des Anglais avec ses notes de fruits confits, il y a du moelleux et beaucoup de fraîcheur, et hop ! une bouteille dans mon panier.
Les Alsaciens sont partis, ils ont recommandé les vins des soeurs Faller (Domaine Weinbach), et plus particulièrement leurs cuvées Quintessences. Bien vu, trois vins du domaine avaient régalé Catherine et les garçons en février dernier, mais je ne connais pas les Quintessences de Grains Nobles. Je demande à goûter à la Vieille Fine dont j'ai vu la bouteille entamée (mais pas proposée à la dégustation...), ouf, c'est fort, pas pour les fillettes comme dirait l'autre, je préfère le Macvin ;-))
Je règle mes achats, nous prenons congé et allons voir tous seuls les vignes des Macle, Madame Macle nous ayant montré sur une photo où elles se situaient, juste en-dessous du village, dans une pente raide. Nous passons devant une chapelle...
empruntons le dur sentier sur lequel "les vignerons ont peiné", passons devant la vigne conservatoire du village, l'une des plus importantes de France, qui rassemble plus de 50 cépages, essentiellement jurassiens.
On aperçoit des promeneurs qui s'engagent sur le dur sentier
Vues d'en haut, trois parcelles du Domaine Macle.
Nous déambulons dans le village, vraiment très joli, avec des rappels constants au vin et à la vigne.
Le saint patron vigneron du village. Tous les ans, le troisième dimanche d'avril, la Confrérie vigneronne Saint Vernier de Château-Chalon le fête. Les membres de la confrérie portent la statue et font étape chez une famille de vigneron qui offre trois clavelins de Château-Chalon destinés au trésor de la confrérie constitué depuis 1997.
Mais la journée n'est pas terminée, j'aimerais bien faire le circuit du Chat perché, à Dôle, très jolie ville perchée, de pierre et d'eau, cité natale de Louis Pasteur. Le nom du circuit est un clin d'oeil à Marcel Aymé, souvenez-vous, vous avez certainement lu, enfant, ses "Contes du Chat perché". L'écrivain a passé son enfance et adolescence à Dôle.
On suit le chat à travers la ville ? Je ne vous montre que certaines étapes, je vous fais grâce de la totalité du circuit de 4 km...
La porte de la maison dite de la Corporation des vignerons.
Zoom sur les grappes de raisin qui rappellent sur l'activité viticole existait à Dôle jusqu'en 1888, avant que le phylloxéra ne dévaste le vignoble des coteaux entourant la ville.
Le canal des Tanneurs, très chouette quartier où dès le XIIIe siècle, on fabriquait des cuirs, dans les immeubles étroits et tout en hauteur qui bordaient le canal.
Photo©Unefemmedesvins
Les tanneries se trouvaient au niveau des caves qui donnaient directement sur l'eau, utilisée pour traiter les peaux.
Nous passons devant la maison de Louis Pasteur, auteur de travaux révolutionnaires sur la fermentation lactique et alcoolique, qui l'ont amené à étudier les maladies du vin et entre autres, à enseigner aux brasseurs de bière à préserver les moûts des souillures.
Tiens, en parlant de brasseurs, j'ai bu une bière blanche du Jura qui m'a bien plu : la Blanche des Plateaux, de la brasserie La Rouget de Lisle, près de Lons le Saunier. J'ai bien aimé ses notes citronnées et son amertume finale.
Photo©Unefemmedesvins
Comme dans Astérix, terminons par un banquet dîner, sans Assurancetourix, Dieu merci ! Dôle comptant deux tables étoilées, j'avais le choix entre La Chaumière et Le Château du Mont Joly, j'ai choisi le château, moi et mes goûts de luxe... ;-)
Le soir venu, nous allons à Sampans où un MOF 2004 a installé son restaurant dans une maison de maître du XVIIIe siècle.
Le chef Romuald Fassenet a été l'élève de Jean-Paul Jeunet à Arbois, il est passé à la Tour d'Argent époque Manuel Martinez et exerçait auparavant Au Bec Fin, à Dôle.
Nous avons choisi le menu Automne et avons débuté par une terrine de foie gras et canette Colvert aux trompettes, chioggia à l'huile de noisette, crème de genièvre.
Pas mal, c'est joli, c'est propre et bien fait, ce n'est pas le grand frisson non plus.
Nous poursuivons avec un médaillon de lotte en "maki", consommé de homard, cacahouète et combawa, billes de Butternut beurrées d'estragon.
Le maki, c'est pour justifier les proportions, ou je me trompe ? L'essentiel n'est pas dans la taille mais dans l'agilité, paraît-il... je m'égare dans d'autres appétits... Délicieux bouillon consommé de homard, les papilles sont mises en alerte par les cacahouètes craquantes et l'acidité du combawa, ce médaillon est très convaincant.
Le ris de veau aux parfums de Mélilot et champignons, carotte jaune du Doubs glacée et éclats de châtaignes sera-t-il aussi bon ?
C'est bon, cuisson millimétrée, les carottes représentent le terroir, je n'ai pas senti la note herbacée apportée par le mélilot, là encore la sauce est très goûteuse.
Nous choisissons quelques fromages, le Mont d'Or est absent du plateau, "Ce n'est pas l'époque, Madame". Je pense en ma Ford intérieure "Ah bon, pourquoi j'en ai vu cet après-midi à la fromagerie Poulet, alors ?". Bref...
Le dîner s'achève avec une Tatin de coings et pommes au miel de fleurs sauvages, sablé aux épices et sorbet de Reinette au four. J'ai oublié de prendre une photo, mille excuses. Joli dessert, le coing et la pomme étaient un peu écrasés par la présence du sablé, dommage. Je vais paraître très difficile, mais je préfère nettement la Tatin aux pommes et coings de ma môman... au moins, il y a du moelleux et on sent les fruits.
Qu'a-t-on bu avec tout ça ? Nous avons délaissé le Jura pour aller en Bourgogne toute proche, le Meursault du Château de la Velle a très bien fonctionné sur tous les plats.
Je ne sais pas trop quoi penser de ce dîner, j'ai aimé, je n'ai pas été transportée non plus, c'était sans aspérités, bien propre, mais je ne suis pas loin de penser que j'aurais dû choisir La Chaumière... Je sais, je suis une chieuse...