J’étais invitée la semaine dernière à une soirée de dégustation, chacun devant apporter sa bouteille coup de cœur. Nous étions 10, nous avons goûté à 12 vins à l’aveugle, et qui a dit que les Français connaissent mal les vins étrangers ? Ils ont eu la part belle ce soir-là.
La première belle découverte de la soirée a été un vin californien. Petit quizz : son producteur est d’origine italienne, c’est un immense metteur en scène, sa fille l’est également, à un degré moindre et elle est mariée à un musicien Frenchy. Vous avez deviné, Francis Ford Coppola nous présente donc son Bianco 2009 – Pinot Grigio.
Le nez est peu expressif, en bouche l’attaque est légèrement perlante, c’est très fruité avec des notes d’abricot, de mandarine, de poire, l’acidité est présente, la minéralité aussi, c’est bon !
Le deuxième vin blanc est malheureusement bouchonné, c’était la cuvée Le Mont sec 2010 du Domaine Huet.
Le troisième vin blanc a un nez de citron et de verveine, la bouche est fraîche avec une pointe de végétal, ça sent le citron vert et le cédrat, c’est le très joli Pouilly fumé Buisson Renard 2004 de Didier Dagueneau. La contre-étiquette nous raconte l’histoire de la cuvée qui aurait dû s’appeler Buisson Menard mais par la méprise d’un dégustateur, c’est devenu Buisson Renard.
La robe dorée du dernier vin blanc nous interpelle déjà, le nez de raisin très mûr séduit, puis la bouche transporte avec des notes miellées et exotiques (mangue), quelques notes muscatées, nous savons que nous sommes tout près de Bordeaux, je me risque en annonçant du sémillon, il s’agit d’un Bergerac sec du Domaine de l’Ancienne Cure, la bien nommée cuvée L’Extase 2006, majoritaire en sauvignon blanc complété de muscadelle, c’est délicieux !
Nous passons aux vins rouges, celui-ci a des notes de sous-bois, une belle texture et un côté séducteur sans être racoleur, nous savons maintenant qu’il vient d’Italie mais il n’a rien d’un super toscan, c’est un Chianti Classico Riserva 2009 Castellare di Castellina, issu des cépages autochtones sangioveto et canaiolo, complétés d’autres cépages italiens. Une belle découverte qui prouve que les Chianti peuvent être sur la fraîcheur et la finesse plutôt que sur la puissance.
Le second vin rouge a un nez très minéral qui me rappelle celui des vins issus de terroirs volcaniques, mêlant fumé, griotte, kirsch. La bouche est à l’avenant, c’est vraiment très bon, et dire que je viens de rater une commande groupée des vins du domaine ! Je m’en mords les doigts… C’est un Beaune 1er cru Clos des Fèves 2007 du Domaine Chanson, un invité nous dit que c’est un millésime "de merde" en Bourgogne, ce que dément ce que nous avons dans le verre et ma carte des millésimes de la Compagnie des Courtiers Jurés-Experts Piqueurs de Vins de Paris, qui fait référence.
Cet autre vin rouge a un nez très expressif et assez alcooleux, la bouche est puissante, avec beaucoup de mâche et de fraîcheur, des notes mentholées et cacaotées, c’est très bon et il s’agit d’un autre vin italien, toujours toscan mais en appellation Vino Nobile di Montepulciano. C’est la cuvée Asinone 2006 du domaine Poliziano.
Voici un vin rouge "viandeux", épicé, harmonieux, que j’ai beaucoup aimé, d’un domaine que je ne connaissais pas mais qui est l’un des meilleurs dans l’appellation : c’est le Côte-Rôtie 2005 du Domaine Jamet.
Et maintenant le plus étrange vin de la soirée, une somptueuse et curieuse robe orangée, de la couleur du vieux Gouda qui est servi.
Un nez d’abricot sec, une bouche très sèche et minérale sur l’essence d’abricot sec, je ne peux pas dire autrement, c’est curieux, déconcertant, très intéressant. C’est un vin… orange, la cuvée Vodopivec Vitovska 2006 de Paolo Vodopivec, en appellation Venezia Giulia, un vin italien du Frioul vinifié en amphores, d’après les infos glanées sur le Net. Le vitovska est un cépage que très peu de vignerons produisent dans le Frioul.
Certains invités trouvent le vin très tannique et qu’il pourrait être confondu avec un vin rouge bu dans un verre noir, mais je ne trouve pas qu’il soit si tannique que ça. Les vins oranges, ksékséksa ? Ce sont des vins élaborés à partir de raisins à peau blanche, qui ont fermenté avec la peau et les pépins et sont vinifiés comme des vins rouges. Ils sont surtout produits en Italie, en Géorgie et en Slovénie et ils font beaucoup parler d’eux depuis quelques années, en particulier pour leur goût si particulier et les associations avec certains plats/mets. En France, certains s’y sont essayés, Stéphane Tissot dans le Jura, Dominique Belluard en Savoie et le domaine Viret en vallée du Rhône.
J’avais acheté quelques fromages susceptibles de s’accorder avec le vin que j’avais apporté et que les Français connaissent mal, à part pour faire des sauces… un Madère Barbeito Malvasia 30 ans Lote Especial, acheté à Funchal en 2009. 100 % malvoisie, doux, je m’attendais donc à un madère assez sucré, mais pas du tout. Le nez très intense est superbe, sur le tabac blond, le café, le caramel, la noix sèche, la bouche n’est pas en reste avec une ampleur et une fraîcheur incroyables. Ce madère est un assemblage de vins jeunes et anciens, le plus vieux ayant plus de trente ans. Les vins assemblés ont vieilli selon la méthode "canteiro" par laquelle le vin et stocké à la chaleur naturelle pendant 20 à 100 ans. La maison Barbeito, à l’occasion de ses 60 ans, n’a produit que 1550 bouteilles numérotées de ce lot spécial, le seul "blend" issu de malvoisie de la catégorie 30 ans d'âge jamais produit sur l'île.
Dans le registre des vieux millésimes, nous avons bu un superbe Maury 1928 des Domaines et Terroirs du Sud, qui sentait le caramel et les fruits secs, je n’ai rien noté d’autre mais c’était la première fois que je buvais un VDN si ancien.
La dernière bouteille était également très étonnante, un Pedro Ximenez 1985 Gran Reserva des Bodegas Toro Albala, en appellation Montilla Moriles. J’ai déjà goûté à des PX, plus ou moins doux, ces vins andalous très particuliers, mais celui-ci m’a vraiment étonnée ! Opaque, d’une couleur très sombre, presque noire, un nez aux parfums de cacao, de café, de réglisse. En bouche c’est délicat et onctueux, d’une acidité discrète, une très belle découverte.
Merci à Olivier et Rosa pour cette soirée magnifique et les découvertes qu’elle m’a permis de faire !