Avec deux jours de retard, je m'en excuse auprès de lui, le président du mois, Eric Leblanc, me fait sortir de ma torpeur bloggesque pour une belle cause humaine, pour un "goût des autres" un peu particulier puisque je vais vous parler d'un vin que je ne peux pas encore boire... Comme le dit Eric, "en cette période où le «tout-pour-ma-gueule» et l'indécence sont de mise, où l'exil fiscal est considéré par quelques privilégiés comme un droit divin, une aventure humaine m'a non pas bouleversée, mais fortement ébranlée, je m'en vais vous la conter.
J'ai découvert il y a quelques années en été un rosé qui m'a beaucoup plu, non pas un de ces rosés girly vite bu mais un rosé "charpenté", un rosé dont le goût tire sur le rouge, un rosé à testostérone, un truc couillu, quoi, bref, disons qu'il a réveillé mon côté viril... ce rosé Corail du Château de Roquefort m'avait donné envie d'aller voir sur place son créateur. Je n'avais pas pu rencontrer Raimond de Villeneuve Flayosc, parti en Autriche s'occuper de son site Internet, mais j'avais admiré le lieu, ce superbe cirque argilo-calcaire, et apprécié la paix et la sérénité qui s'en dégageaient.
Quelle ne fut pas ma stupeur de lire en décembre dernier dans le blog des 5 du vin que le 1er juillet 2012, la grêle a ravagé entièrement le vignoble du Château de Roquefort, laissant les baies crevées et les baguettes de bois déchiquetées, comme l'écrit si bien Olivier Bertrand dans son article paru dans Libération.
Dans cette Provence viticole du "tout-pour-ma-gueule" où "tant mieux si mon voisin vigneron a tout perdu, j'en vendrai plus", une incroyable chaîne de solidarité s'est mise en place et 35 vignerons de la vallée du Rhône et de Provence ont apporté en moûts, en raisins ou en vin l'équivalent de 522 hl, pour permettre à Raimond de Villeneuve de produire un vin rosé et un vin rouge. Ne sachant pas que le vin était toujours était toujours en cuves et/ou barriques, j'ai voulu acheter une bouteille de Grêle 2012 pour ce VdV. La cuvée ne sera disponible qu'en avril, c'est la raison pour laquelle je ne peux pas encore y goûter, ni vous en parler. Mais cette histoire de solidarité vigneronne m'a émue et je me suis dit que notre président y serait également sensible et me pardonnerait de parler d'un vin sans l'avoir bu !