La présidente du mois, Sandrine Goeyvaerts, a un nom qui rapporterait plein de points au Scrabble et trahit ses origines, puisqu’elle est belge… liégeoise. Elle a aussi des lettres, y’a pas à dire, une amoureuse des mots, ça se reconnaît tout de suite. Le nom de son blog d’ailleurs est une sorte d’accouplement entre livres et litres…
Sandrine a un problème, la Belgique en février, ça lui file le blues. Souvenez-vous des paroles d’un autre Belge :
Avec un ciel si bas qu´un canal s´est perdu
Avec un ciel si bas qu´il fait l'humilité
Avec un ciel si gris qu´un canal s'est pendu
Avec un ciel si gris qu´il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s'écarteler
Alors Sandrine pour oublier le gris, elle veut du orange, qui claque, qui réveille, qui pète. Du vin orange, tant qu’à faire. De l’orange clair à l’ambré, du mordoré au safrané, faites vos jeux ! De l’italien, du géorgien, du caucasien, du français, soyons fous, mais parlons-lui orange mécaniK (des fluides).
Moi je ne suis pas en Belgique, mais février à Paris, ça me fout aussi le bourdon, et la couleur orange, j’adore, je n’ai pas attendu que ce revival des 70’s soit branchouille (attention, énumération autocentrée et futile, mais faut bien coller au thème. Non, Présidente, je n’ai pas dit que le thème ETAIT futile…) : les murs de ma cuisine sont oranges, mon canapé est orange, mon étole argentine en laine de lama est orange, mon p’tit pull en cachemire est orange, bref c’est une addiction ancienne. L’ultime stade en serait peut-être de boire orange…
J’ai franchi le pas avec un vin venu d’Alsace, produit par un vigneron travaillant en bio, Stéphane Bannwarth. Un jour, le domaine a accueilli sur l’exploitation un jeune Géorgien qui leur a fait découvrir la vinification et l’élevage des vins en jarres de terre cuite appelées kvevris, méthode caucasienne vieille de 6000 ans qui est depuis quelques années très à la mode en France et en Italie. Stéphane Bannwarth a fait le voyage en Géorgie et ni une ni deux, a adopté ce moyen de vinifier.
Les jarres sont produites en Géorgie, et lorsqu’elles sont encore tièdes, sont enduites à l’intérieur de cire d’abeille pour les rendre hermétiques aux liquides, tout en étant poreuses à l’air, afin que l’échange entre le vin, le contenant et la terre dans laquelle la jarre est enterrée se fasse.
Parmi les quatre cuvées 2011 de kvevris proposées par le domaine, j’ai choisi le Pinot gris 2011. Le jus pressé et une partie des marcs de raisins ont macéré et fermenté ensemble dans les jarres. Au printemps, les vins ont été soutirés et relogés dans les kvevris adaptées à leur volume, puis élevés sur lies fines jusqu’en août. Avant la mise en bouteilles, il n’y a eu ni filtration ni ajout de sulfites.
En faisant couler doucement le vin le long de la carafe, la robe ne se révèle pas encore, puis au fur et à mesure du transvasement, la lumineuse robe cuivrée apparaît, étonne et séduit, pour ne pas dire fascine, tel l’ambre liquide !
Photos©Unefemmedesvins
Le nez est semblable à celui de certains vieux marcs mêlé d’abricot très sec. L’attaque en bouche rappelle un vin doux naturel, la sucrosité en moins, puis très vite la trame aromatique évolue vers les vieux alcools, la sauge, les fruits secs, avec beaucoup d’amplitude, de fraîcheur et une longueur impressionnante.
Ce vin inhabituel est une belle réussite et grâce à des jarres de terre cuite, réunit la Transcaucasie et l’Alsace en une alchimie étonnante et une couleur vibrante. Vive l’orange !